Le vin du mois d’août : Faustino I Gran Reserva 2010

Pipette
C'est la pipette de Juan José qui fait toute la différence ©BodegasFaustino.com

Bon, on ne va pas se mentir : le temps des apéros au rosé bien glacé/piscine, les balades bucoliques en culottes courtes dans la forêt au bord du lac, les tomates bien fraîches dévorées sous le parasol entre deux châteaux de sable et les petites siestes dans le hamac de mémé (« parce que, là, il fait quand même un peu chaud, hein ?! »), ben c’est un peu sur le déclin. Alors oui, c’est vrai, les marques de bronzage dans des endroits que tu ne soupçonnais plus* s’estompent peu à peu mais avec la fraîcheur suédoise de la fin août arrive aussi un petit remontant venu tout droit d’Espagne : le très classe Rioja Gran Reserva de la Bodega Faustino version rentrée des classes. (Grand) Millésime 2010. (Plus) petit prix 189 kr.

*Je faisais juste référence au V inversé que tes tongues ont laissé sur tes avant-pieds…

Article destiné à un public jeune, dynamique et intéressé mais âgé de plus de 25 ans.*

Rio-quoi?  – Ben si, tu sais, « Rio-Rhâ », le Bordeaux à l’espagnole !  – ¡¿QUÉ!?

Petite mise au point sur la région et le Rioja :

  • La région vinicole de Rioja se situe à 200 bornes au sud-ouest de Biarritz et à 150 km au sud de Bilbao, sur un plateau avec des vignobles entre 300 et 800 m d’altitude pour un petit plus de fraîcheur. La région compte 65 000 ha soit un peu plus de la moitié du domaine bordelais (ça y est, les comparaisons chauvines commencent 😉 )
  • On y cultive du raisin depuis deux siècles avant le petit Jésus mais le vin produit jusqu’au 19e siècle y est simple, fruité et plutôt pas très fin. Mais le petit malin de noble qu’est Luciano Murrieta va se former à Bordeaux, « emprunte » quelques fûts de chêne de Bordeaux et vinifie le premier vin fin de la région en 1852. Avec le ravage des vignobles par le phylloxera (insecte miscroscopique, un brin aggressif, gros suceur de sève de vignes et qui a ravagé entre 60 et 90 % des vignobles européens entre 1860 et 1890), les Bordelais s’installent dans la région de Rioja pour continuer leur production de vins. Tout d’un coup, le vin devient super bon et développe une renommée internationale et tous les Francais sont contents. C’est pas vraiment tout à fait ça. En 1901, le phylloxera attaque aussi les vignobles espagnols et les Bordelais rentrent chez eux et le Rioja développe vraiment une renommée internationale à partir des années 1960-70 avec l’émergence du consommateur international.
  • Rioja est devenue, en 1991, la première appellation à se voir décerner le titre suprême de DOCa – denominacion de origen calificada. Avec Priorat en 2003, c’est la seule des 138 régions vinicoles en Espagne qui a le prestigieux titre de DOCa – et le cahier des charges qui va avec.
  • La grosse majorité de la production (90 %) est en rouge et ceux-ci se distinguent en fonction de leur durée d’élevage avec 4 niveaux:
    1. Le Rioja Générique – commercialisé un an ou deux après la récolte, sans critère d’élevage particulier. Souvent appelé Joven parce qu’il est jeune, simple et fruité.
    2. Le Rioja Crianza doit être commercialisé au moins 2 ans après récolte avec minimum 1 an en barrique.
    3. Le Rioja Reserva doit  être commercialisé au moins 3 ans après récolte avec minimum 1 an en barrique + minimum 6 mois en bouteille après.
    4. Le Rioja Gran Reserva doit être commercialisé au moins 5 ans après récolte avec minimum 2 ans en barrique + minimum 2 ans en bouteille.
Rioja - wine styles
©winefolly.com

 

Ce système, bien qu’un peu touffu (« tu sais, on ne peut pas vieillir mille fois un Crianza dans une barrique »), assure aux buveurs de Rioja que le vin est « à maturité » dès l’achat. Pas besoin de le mettre en cave pour lui détendre ses tannins enragés puisqu’on l’a déjà fait pour vous.

  • Bien que l’extrême finesse du savoir-faire bordelais se retrouve dans les vins du Rioja, les cépages cultivés et les styles obtenus sont bien différents. Et bien sûr que non, Rioja n’est pas un Bordeaux tapassé.

On pourra bien retrouver un peu de Cabernet Sauvignon dans certains Rioja mais le noyau de tout Rioja est constitué de 4 cépages:

    1. Le Tempranillo, au poids, à l’alcool et aux tannins relativement modérés et qui lui confère des saveurs de fraises compotées et de prunes/quetsches. 60–70 % de l’assemblage.
    2. Le Garnacha (ou Grenache) qui apporte du corps et de l’alcool en plus de saveurs de fruits rouges. Environ 20 % de l’assemblage.
    3. Le Mazuelo (ou Carignan) qui apporte de la couleur, des tannins, de la fraîcheur et un peu plus de fruits noirs (cerises et mûres). En général maximum 10 % de l’assemblage.
    4. Le Graciano qui apporte de la couleur, des tannins et des notes parfumées. En général maximum 10 % de l’assemblage.
    5. D’autres cépages peuvent être inclus y compris des cépages internationaux comme le Cabernet Sauvignon utilisé par le Baron de Ley pour son 100 % Cabernet Sauvignon.
  • L’élevage en fût a évolué du bois français au bois américain qui confère plus de saveurs au vin avec des notes souvent marquées de noix de coco et de vanille. Le style traditionnel est donc marqué par le bois avec des notes de fruits mûrs (fraises, framboises, prunes) et de notes de bois intenses. Les Gran Reserva vont vers les fruits secs et les saveurs de cèdre, de tabac et de forêt d’automne. Plus c’est âgé, plus c’est fin et long. Le style plus moderne est beaucoup plus sur un fruit gourmand  et puissant et du bois neuf qui marque le vin sur les tannins mais moins sur les saveurs.
Faustino vineyards
Le Faustino Gran Reserva est produit dans le Oyòn. ©BodegasFaustino.com

Faustino : la petite Bodega qui monte.  Ou presque…

Faustino, c’est ni un petit nouveau, ni un petit joueur. La Bodega a été créée en 1861 (il y a à peine 160 ans), compte 650 ha (à peu près 500 terrains de foot) dans la Rioja Alavesa et la Rioja Baja (ou oriental pour les intimes), stocke quelques 50 000 fûts de chêne dans ses chais et produit annuellement près de 9 millions de bouteilles vendues dans plus de 70 pays. Le Faustino Gran Reserva constitue 40 % de la production de Gran Reserva Rioja dans la région. Du coup, avec son âge et sa taille, on se dit qu’on est plutôt mal barré. Et bien, que nenni Jean-Marie !

Le vin : Faustino Gran Reserva 2010

Faustino I
©Systembolaget

Bon, ne jugeons pas le vin en fonction de la bouteille. La bouteille est en verre sablé et le portrait de l’homme d’affaires néerlandais peint par Rembrandt sur petit fond moutarde, c’est chouette mais un peu rétro voire vieillot. Le moine ne choisit pas toujours son habit.

C’est quoi ce vin ?

C’est un Rioja Gran Reserva de l’officiellement « Excelente »** millésime 2010 (le millésimé le mieux noté des 25 dernières années par le Wine Enthusiast). Comme le dit le maître de chai de chez Faustino, Juan José Diez, « 2010 a été un don du ciel pour nous » avec des conditions climatiques parfaites tout au long de la saison.

Les raisins (86 % Tempranillo, 9 % Graciano, 5 % Mazuelo) proviennent principalement de vignes de plus de 50 ans (moins productives mais plus intenses en aromatique) situés à 450 m de hauteur et avec des rendements faibles (5 ooo kg/ha).

**en espagnol dans le texte du Conseil des Vins de Rioja

Comment qu’il est fait ?

Les raisins sont sélectionnés et éraflés à la main avant fermentation à 28ºC suivie d’une macération de 27 jours et une fermentation malolactique.

Les vins obtenus sont assemblés, ensuite élevés en fûts neufs et anciens de bois français et américains pendant 26 mois avant d’aller se reposer en bouteille pour presque 8 ans !

Ça goûte comment ?

Le vin a une couleur cerise avec des notes de grenat.

Le nez est intense et expressif avec des notes de fruits mûrs (prunes légèrement confiturés) et des arômes qui montrent bien l’âge de la bête (11 ans déjà) avec des notes de cèdre, d’épices et de noisettes.

Au palais, le vin est sec (2,5 g/l de sucre résiduel c’est-à-dire nada), ni lourd ni léger et avec un très bon équilibre entre les notes de fruits, de bois et d’âge. C’est fin, relativement intense, complexe et long. Directement après ouverture, le vin paraît même un peu trop jeune tant les tannins et l’acidité sont élevés (et c’est tant mieux).

Parfait accompagnement d’un bon bout de gras (type carré d’agneau légèrement grillé) et/ou de champignons (tiens, c’est la saison là non ?) après au moins 1h30 d’aération et à 18-19ºC (20-25 min au frigo avant de le servir).

Potentiel de garde : 20 ans voire plus (on se donne RDV sur la place des grands hommes, c’est ça Patrick ?) Pour l’anecdote, j’ai eu le plaisir d’assister à une dégustation des millésime 1964, 1987, 1994, 2001, 2009 et 2010 et les « vieux » millésimes se tiennent très très bien ! Le 2001 est encore très fruité par exemple !

Conclusion ?

Un fin vin avec plus de 10 ans d’âge à un petit prix (189 kr), ça court pas les rues (ni les Systembolaget non plus). C’est un vin d’amateurs, de collectionneurs à la base mais aussi un vin qu’il faut connaître et avoir goûté au moins une fois dans sa vie. Si vous aimez, faites des réserves, ce millésime-là se gardera à merveille pour une bonne vingtaine d’années encore !

Où c’est que ça se trouve ?

Dans ton magasin du Systembolaget ou en commande en ligne.

Bonne dégustation !

 

* Conformément à la alkohollagen suédoise kap. 7 §1 : Marknadsföring får inte rikta sig särskilt till eller skildra barn eller ungdomar som inte har fyllt 25 år. Lag (2019:345).

Portrait d'Alex
A propos Alexandre S 5 Articles
À Stockholm depuis Octobre 2018, je suis passionné de vin, au point d'en avoir fait une deuxième carrière. Avide de découvertes, de nouveaux apprentissages, de nouvelles rencontres et de décodage du vin pour qu'il soit ce qu'il est: un bonheur pur pour tous. Instagram: @tippletips

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