Påsk, les Pâques suédoises

Rouge, blanc, vert sont les couleurs incontournables de Noël en Suède, mais pour Pâques c’est le jaune qui domine ! Des jonquilles aux narcisses en passant par les bégonias, toute la gamme des jaunes, du poussin au citron, ornent les objets du quotidien, nappes et serviettes mais également les coussins, les bougies se déclinent en jaune et tentent de réchauffer les intérieurs en attendant le soleil. Faute de feuilles et de fleurs, les arbustes se parent de plumes et la vente d’oeufs explose, le påskmust coule à flot et chacun fête davantage le retour du printemps que la semaine sainte. 

Des œufs et des cocottes

En Suède catholique, il est interdit de manger des œufs pendant le jeûne de 40 jours, donc à Pâques, on s’en goinfre, l’œuf symbolisant le message pascal de la résurrection. Les poules recommencent à pondre après l’hiver. Dès le XVIIIème siècle, on donne des œufs peints et décorés à des amis à l’époque de Pâques.

La tradition perdure, mais aujourd’hui en Suède, l’œuf de Pâques n’est plus un œuf de poule peint ni un œuf en chocolat enrubanné mais un œuf en carton rempli de bonbons. Les premiers œufs en carton sont fabriqués au XIXème siècle en Allemagne et leur taille en Suède augmente parallèlement à la consommation exponentielle de bonbons.

Oeuf de Pâques rempli de bonbons
©Lola Akinmade Åkerström/imagebank.sweden.se

De nos jours, pendant la semaine de Pâques, 2 000 tonnes d’œufs sont consommées, soit deux fois plus qu’une semaine normale ! Pendant la veille de Pâques même (påskafton), jusqu’à 6 millions d’œufs sont dégustés en une heure ! Le buffet de Pâques est le même que celui de Noël : harengs, œufs, saumons et jambon, mais la dinde ou le gigot d’agneau gagnent du terrain auprès des gourmets, et le riz au lait est remplacé par une princesstårta, jaune bien sûr !

Dès le XIXème siècle, il est de bon ton de servir les œufs dans des contenants de porcelaine ou céramique décorés de gallinacées. Suivant le modèle anglais de Staffordshire, ces cocottes et terrines sont fabriquées en Suède dans les années 1860 par Rörstrand et Gustavsberg. Rörstrand avait même une cocotte de luxe en majolique avec une décoration en or. Disponibles en différentes tailles, ces céramiques sont restées populaires jusqu’aux années 1920 et 1930, mais le fonctionnalisme, peu friand de fioritures et de bibelots, en a eu raison. Redécouvertes aujourd’hui, les cocottes de Pâques ornent de nouveau les tables suédoises et les étagères des collectionneurs.

Branches ornée de plumes de Pâques multicolores
©Lola Akinmade Åkerström/imagebank.sweden.se


Des plumes et des rameaux

Les branchages décorés de plumes, d’œufs colorés et de petits objets jaunes ont leurs origines dans de vieilles traditions et croyances, mais c’est dans les années 30 que des branchages de Pâques se vendent sur les places publiques. Dans la croyance païenne, on se fouette dans l’espoir de recevoir une partie du pouvoir inhérent à l’arbre : le bouleau guérit les plaies et accélère la cicatrisation, le chêne donne force et vigueur, et le myrtillier est une cure de jouvence.

Il est de coutume de se fouetter et de se flageller pour se préparer au Carême depuis le XVIIème. Le vendredi saint, le maître de maison donne aux enfants et aux serviteurs un risbastu, sorte de cérémonie collective de fouettage, pour commémorer la souffrance de Jésus ; cette påskskräckan, Terreur de Pâques, devient heureusement un jeu au fil du temps : le premier réveillé dans la maisonnée peut chatouiller les dormeurs avec des rameaux de bouleau.

Aujourd’hui, les rameaux de Pâques sont un moyen de faire entrer le printemps dans les foyers. Les plumes utilisées pour décorer les branchages de bouleau, de forsythia, de cerisier sont issues de dindes américaines et teintes en Chine.

A propos Sylvie R 157 Articles
En Suède depuis plus d' une trentaine d'années, j'ai habité Uppsala, Ultrå à côté d'Örnsköldsvik et Torserud dans le comté de Värmland, vit depuis 20 ans à Nacka. Après trois décennies comme enseignante titulaire au Lycée Français Saint-Louis, je suis doula, coach de grossesse et accouchement à Stockholm. J'adore écrire et aime partager mes bons plans et bons coins en Suède.

2 Commentaires

  1. Bonjour
    Bravo pour ce document sur Pâques très intéressant. J’ignorai toute la partie du fouettage de la tradition catholique.Par contre pour être complet il manque LES SORCIÈRES qui sont aussi présentes dans les décos des maisons. La tradition des enfants maquillés avec des taches de rousseur faisant du porte à porte pour quémander des œufs font partie de mes traditions de pâques. cordialement

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