Portrait filmissime — Maria Razakamboly

Maria Razakamboly

Avis aux cinéphiles ! Rien ne prédestinait cette fille d’ingénieurs agronomes experts des climats tropicaux, ayant passé son enfance au chaud au Costa Rica et au Mali, à s’installer au frais en Suède. Hasard du cinéma, le parcours de Maria Razakamboly est jalonné par sa passion de la pellicule et des films d’auteurs. Fan de festivals, spécialiste de l’analyse filmique, elle a un rôle éducatif et pédagogique dans le choix des œuvres sélectionnées. On lui devait la programmation du Festival du Film français de Stockholm ; elle vient d’intégrer la prestigieuse équipe internationale du Stockholms Filmfestival et entend bien nous offrir les meilleurs films, ici à Stockholm.

La Suède en kit : Pourquoi et comment es-tu arrivé en Suède ?

Je suis originaire de Montpellier et j’ai fait mes études à Lyon. Mon premier lien avec la Suède, c’est l’œuvre d’Ingmar Bergman, sujet de ma thèse. Par pure curiosité, l’envie de voir des aurores boréales m’amène à passer 10 jours de vacances à Abisko pour le nouvel an, en 2011. Je suis alors persuadée que je ne reviendrai jamais en Suède, mais l’été 2014, je passe à Stockholm, rencontre Olivier Guerpillon (fondateur avec l’Institut Français du Franska filmfestival, ndlr.) et pose quelques jalons dans différentes sociétés de production, un peu comme on lance une bouteille à la mer, sans trop y croire. Contre toute attente, Olivier me propose un stage, puis, de reprendre les commandes du Franska Filmfestivalen, Festival du Film Français et Francophone de Suède.

logo-Franska Film Festivalen

Le concept et le projet me plaisent beaucoup, alors, j’accepte, bien que ce soit du volontariat et que pendant deux ans, je vais y laisser toute mes économies. J’arrive donc en janvier 2015, trouve à me loger en colocation, ce qui me convient très bien. Pendant mes études à Normale Sup, j’avais vaguement suivi des cours d’initiation au suédois en relation avec mes recherches sur Bergman, puis j’ai continué à Paris à l’Institut Suédois un peu plus sérieusement, donc, armée d’un niveau B1 mon installation à Stockholm est assez facile.

J’apprends beaucoup, j’adore travailler dans l’ambiance professionnelle d’un festival. Je rencontre différents publics. Mon compte en banque est presque à sec, lorsque se présente à moi, l’opportunité d’intégrer l’équipe du Stockholm Filmfestival (SFF). Il faut que je gagne ma vie, mais j’ai peur que mon niveau de suédois ne soit pas satisfaisant et je n’ai pas les moyens de prendre des cours. Je tente, je passe l’entretien d’embauche, je donne tout et gagne un CDI comme programmatrice pour le SFF, mais aussi pour Festival Junior et le Sommarbio.

Un festival est une expérience différente dans le milieu du cinéma, c’est un concentré de films courts et longs métrages, documentaires qu’on ne voit pas ailleurs, des petits budgets, des premiers films, des films d’auteur loin des grosses productions. Pendant une dizaine de jours, les spectateurs ont la chance de visionner les oeuvres émanant de pays émergeant, les films non distribués normalement que nous avons choisis en amont. La préparation du SFF demande une année entière de démarches, prises de contact et rendez-vous autour du thème choisi pour le festival. Nous assistons à de multiples projections, sélectionnons les films qui vont concourir. Cette année, 18 films sont en compétition, nous présentons 150 nouveautés venues de 60 pays et nous recevons une cinquantaine d’acteurs et de régisseurs et j’ai trois  films « coup de coeur », des pépites francophones à ne pas manquer.

Stockholms filmfestival logotyp
The Paris Opera : le nouveau film de Jean-Stéphane Bron nous emmène dans les coulisses de la prestigieuse institution et décrypte avec humour et attendrissement ce microcosme, son fonctionnement et ceux qui lui donnent vie : les danseurs, les chanteurs, son directeur et de nombreux métiers inconnus et pourtant indispensables à la vie de Garnier.
Insyriated : co-production franco-belge primée à Berlin, le second film de Philippe Van Leeuw nous met au coeur d’une famille confrontée aux réalités de la guerre. Un film fortement chargé d’émotions, qui reste mon expérience cinématographique la plus forte de l’ année, porté par une des meilleurs actrices de notre temps : Hiam Abbas.
Les Affamés : film de zombie québécois ! Véritable perle rare par ce seul fait. Une mise en scène sidérante par sa simplicité : peu d’effets spéciaux, un peu de maquillage et pourtant le film répond parfaitement aux codes du genre tout en étant unique. Une bouffée d’originalité pour les amateurs de cinéma d’auteur, et même les âmes peut-être habituellement sensibles au genre — comme moi — peuvent le regarder sans tourner de l’ oeil.

La Suède en kit: Où seras-tu et que feras-tu dans 5 ans/10 ans ?

Je suis arrivée ici un peu par hasard, une chose en entraînant une autre, je commence à faire mon trou. J’ai maintenant investi du temps et de l’énergie dans la langue suédoise et j’ai envie de rentabiliser d’autant plus que j’apprécie ma vie à Stockholm. J’aime les paradoxes de la vie suédoise, les petits chocs culturels quotidiens qui me donnent l’impression permanente d’être en vacances même si j’ai un boulot de dingue que j’adore.

La liste des films français sélectionnés pour le Stockholms Filmfestival est ici.

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A propos Sylvie R 89 Articles
En Suède depuis plus d' une trentaine d'années, j'ai habité Uppsala, Ultrå à côté d'Örnsköldsvik et Torserud dans le comté de Värmland, vit depuis 20 ans à Nacka. Après trois décennies comme enseignante titulaire au Lycée Français Saint-Louis, je suis doula, coach de grossesse et accouchement à Stockholm. J'adore écrire et aime partager mes bons plans et bons coins en Suède.

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