Aurores boréales, la course du Lapon

Aurore boréale verte
©Pixabay

Il arrive que parfois, dans l’obscurité des nuits suédoises, le ciel tout entier se mette à vibrer et s’emplisse de longs voiles de couleur… Ce sont les aurores boréales, un phénomène extraordinaire pour qui a la chance de se trouver juste en dessous.

D’où proviennent les aurores boréales ?

Dans le sud de la Suède, la légende raconte que l’aurore boréale était le fait de Lapons qui couraient dans la montagne à la recherche de leurs rennes. En langue samie, les aurores boréales sont appelées guovssahasah, « le soleil qui brille dans le ciel le matin ou le soir », mais aussi « le feu allumé par le geai sibérien ». Ce mot fait également référence à la lumière audible, bien qu’aucune preuve scientifique de sonorité provenant de l’aurore n’existe…

L’explication scientifique est beaucoup plus prosaïque : les aurores boréales sont liées à l’activité solaire. Elles surviennent pendant les orages géomagnétiques, après une éruption solaire, lorsque des particules électrisées voyageant à très grande vitesse, phénomène appelé vent solaire, viennent frapper la haute atmosphère, attirées par le champ magnétique de la Terre. Ce phénomène se manifeste surtout près des pôles parce que le champ magnétique y est plus intense. La composition et la densité de l’atmosphère ainsi que l’altitude des collisions déterminent les couleurs des aurores. Souvent vertes, elles peuvent aussi être rouges, roses, bleues ou violettes. Les aurores typiques se situent entre 100 et 250 km du sol. Les aurores boréales se produisent toute l’année, mais c’est pendant les mois où règne l’obscurité qu’on les observe le mieux.

Comment prévoir l’apparition du phénomène ?

L’information principale pour savoir si, oui ou non, on a une chance d’observer des aurores, c’est l’indice Kp, une échelle permettant de mesurer la puissance de l’aurore, de 0, calme, à 9, équivalent à une tempête géomagnétique majeure. L’indice Kp est une moyenne établie sur les données d’un réseau de magnétomètres mesurant chacun les perturbations du champ magnétique à différents endroits de la planète. En mesurant ainsi l’intensité d’une tempête magnétique, on peut donner une latitude déterminant si on a des chances d’en voir là où l’on se trouve. Au dessus de Kp 5, l’aurore boréale peut prétendre à être vue jusqu’à Stockholm…. Toutefois, les aurores sont capricieuses et peuvent finalement décider de ne pas se montrer, ou au contraire, on les observera au-delà des zones où elles n’étaient pas prévues. D’autres mesures plus complexes permettent de prévoir l’apparition d’aurores boréales, notamment l’activité et la vitesse des vents solaires.

Capture d’écran ©Aurora-service.eu

Devenir un chasseur d’aurore

A partir de l’indice Kp, il est donc possible de savoir si l’on se situe dans une zone propice au phénomène. Beaucoup d’applications et de pages internet sont disponibles pour prévoir une sortie nocturne, à la chasse des aurores, comme Northern Eye Norrsken Forecast et My Aurora Forecast pour les app, ou bien Service Aurora, Geophysical Institute de l’université d’Alaska,  ou encore Aurora Maniacs.

Ne pas oublier les groupes Facebook actifs sur ce sujet : Norrsken, Aurora Maniacs et les groupes de Français à Stockholm, comme la French connection mais également celui de Lappis, la communauté de la cité universitaire.

©Hjalmar Andersson/imagebank.sweden.se

Rassembler les meilleures conditions

C’est en automne et en hiver, entre octobre et mars que l’on peut observer les aurores dans l’hémisphère nord. Il faut avant tout sortir de chez soi, et se mettre sous un ciel dégagé, loin de toute source lumineuse, pourquoi pas un peu en hauteur, pour mettre toutes les chances de son côté. Pour cela, éloignez-vous de la pollution lumineuse, en utilisant l’application : Light pollution map ou Dark Sky map. Parfois, il est nécessaire de s’éloigner vraiment pour trouver une vue dégagée vers l’horizon, En théorie, les aurores apparaissent depuis l’est puis, au fil de la soirée, elles apparaîtront vers le nord, et en fin de soirée vers l’ouest. Ceci s’explique par la rotation de la terre sous la zone où se forment les aurores. Dans la mesure du possible, évitez les nuits de pleine lune, le halo est gênant pour observer un début d’activité aurorale.

Patience et persévérance !

Un cycle solaire a une durée de 11 ans. Contrairement aux hivers de 2013, 2014 et 2015 (phase haute du dernier cycle solaire), les pics d’activité aurorale sont réduits en 2019, et cette activité va continuer à baisser durant les prochaines années jusqu’aux creux du cycle solaire. L’aurore boréale est un phénomène naturel, non prévisible à 100 %. Se dire que l’on va à Kiruna uniquement pour voir des aurores boréales est le meilleur moyen d’être déçu… Mais en revanche, ce peut être la cerise sur le gâteau d’un beau voyage dans le Grand Nord. L’intensité des aurores varie énormément ainsi que leur durée ou leur taille, même si l’indice Kp est bon. Ce qui est visible à l’oeil nu est rarement aussi fort que sur les photos des pros, les objectifs des appareils étant plus sensibles que l’oeil humain. Mais qu’à cela ne tienne, ne vous laissez pas décourager, car voir « vibrer » le ciel reste un spectacle extraordinaire qui se mérite.

©Lola Akinmade Åkerström/imagebank.sweden.se

Quelques petits conseils pour bien profiter : couvrez-vous, superposez les couches de vêtements, le temps peut être long avant que le ciel ne se colore. Prévoyez le thermos de café ou de thé. Pause pipi avant le départ obligatoire ! Munissez-vous d’un tapis de sol pour pouvoir vous allonger et admirer le spectacle. Une fois que c’est lancé, le jeu en vaut la chandelle !

A l’affût des meilleurs spots

L’Aurora Sky Station est, selon le Lonely Planet, le meilleur endroit au monde pour admirer les aurores boréales, dans le Parc National d’Abisko. La ville d’Abisko est le point le plus sec et le moins nuageux de Suède et réunit toutes les conditions pour en voir jusqu’à 200 jours par an ! Toute la Laponie reste une région propice à l’observation des aurores : petites villes, donc peu de pollution lumineuse, espaces dégagés si l’on évite les forêts… Jokkmokk, Luleå, Piteå sur le golfe de Botnie permettent donc, si les conditions sont réunies, de bénéficier du spectacle.

Vous êtes à Stockholm ? Pas de panique, en cas d’indice Kp favorable, direction la cité universitaire. Juste à côté de Lappis, la plage de Lappis, Ekhagens strandbad, est un spot privilégié pour en observer. En l’absence de conditions favorables, vous pouvez vous consoler avec la Abisko Sky station camera.

Capture d’écran ©UAF Geophysical Institute

Courir comme un Lapon

L’indice Kp est de 5 dans la nuit du 23 au 24 janvier. Si le temps le permet, les aurores boréales seront visibles haut dans le ciel au dessus de Tromsø en Norvège jusqu’à Sundsvall, en Suède, Arkhangelsk en Russie, et elles seront également visibles bas sur l’horizon d’Edimbourg en Ecosse à Valga en Estonie. Avec un peu (beaucoup ?) de chance, vous pourrez en voir depuis la capitale. Il est grand temps de courir, comme le veut la légende, après les aurores…

A propos Anne D 12 Articles
Basée à Stockholm depuis 10 ans, Anne aime observer ce qui l'entoure, expérimenter (même après toutes ces années !) l'exotisme des supermarchés et évoquer les décalages de la vie suédoise prêtant à sourire ou à réfléchir.

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