Le fika, véritable institution sociale suédoise

Fika
©Helena Wahlman/imagebank.sweden.se

Le mot fika est un des premiers mots avec lequel les étrangers font connaissance en Suède. Sans fika, point de salut. À raison de deux voire trois par jour, c’est devenu une véritable institution sociale, à laquelle même IKEA essaye de convertir ses clients dans leurs magasins installés à l’étranger.

Pour faire simple, un fika est une pause pendant laquelle on boit une boisson chaude, accompagnée ou non d’un en-cas plus ou moins gros, en fonction de l’occasion, le plus souvent sucré, mais pas toujours. Cela ne peut prendre que 15 min comme trois-quarts d’heure. On peut prendre son fika au café du coin ou au salon de thé (konditori), sur son lieu de travail, à la maison, ou même en plein-air si la météo s’y prête.

Fika entre amis
©Tove Freiij/imagebank.sweden.se

Un peu d’histoire… étymologique

D’où vient le mot en lui-même ? Il semblerait que le mot apparaisse au début du XXème sicle. Selon le linguiste Lars-Gunnar Andersson, il s’agirait d’un des seuls exemples de « verlan » suédois : en effet, en inversant les syllabes de kaffi, une variante de kaffe, on obtient le substantif fika — ta en fika (prendre un fika). De là vient le verbe att fika — ska vi fika? Puis un autre substantif, ett fik, pour désigner l’endroit où l’on prend un fika, donc le café ou le konditori.

Mais d’où vient ce « verlan » suédois ? Probablement de Dalécarlie, où les tanneurs utilisaient une langue secrète (skinnarmålet, la langue des tanneurs) qui consistait à inverser les syllabes du dialecte de Malung. Kaffe se disait alors ”fäka”. La première mention du mot fika dans la région de Stockholm daterait de 1910, mais il n’était pas encore pris dans le dictionnaire de l’Académie suédoise de 1924 dans ce sens-là. (Le mot fika, sans être du verlan, existe dans la langue suédoise depuis longtemps, et signifie « se dépêcher, filer, avoir hâte » et se retrouve dans l’adjectif nyfiken « curieux ».)

Comment le traduire en français ? Il n’y a pas de traduction française ou en quelque autre langue que ce soit. Il s’agit vraiment d’un phénomène typiquement suédois. Alors pourquoi s’embêter à trouver une traduction quand c’est si facile d’emprunter le mot ? 😉 Faites ce mot vôtre (au masculin ou au féminin) et mettez-le à toutes les sauces !

Je vais prendre un·e fika, tu me rejoins ?
Il faut qu’on se fasse un·e fika un de ces quatre !

Fika au travail
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Mais n’est-ce pas tout simplement une pause-café ?

Les Suédois répondront unanimement NEJ! Un fika est bien plus qu’une pause-café. C’est l’occasion de changer d’air, de milieu, de faire une coupure, de s’asseoir entre collègues ou amis, avec au moins une boisson et de discuter de choses et d’autres. Sur certains lieux de travail, il est très mal vu de sauter un fika pour quelque raison que ce soit. Si une réunion a lieu à l’heure du fika (le matin vers 9h30-10h ou l’après-midi vers 15h), il est de coutume de prévoir une pause pour aller chercher une tasse de café ou de thé et d’offrir une pâtisserie. Depuis quelques années, suite à toutes les recommandations alimentaires qui crient haro sur le sucre, il n’est pas rare de proposer des fruits, ou une tartine salée, surtout pour le fika du matin, comme une sorte de deuxième petit-déjeuner.

Les 4 règles du fika

  1. Un fika se doit d’être ”cosy”, mysigt. C’est un moment de décontraction : préférez un siège confortable, une lumière tamisée, une atmosphère calme et détendue. Ce qui veut dire qu’une tasse de café prise à la va-vite dans l’ascenseur entre la machine à café et votre bureau n’est pas un fika.
  2. Un fika comprend généralement une boisson chaude. Le plus souvent du café (les Suédois sont les plus grands consommateurs de café au monde après les Hollandais et les Finlandais), mais le thé est également largement répandu. Dans les cafés, il n’est plus rare aujourd’hui de trouver des chailatte ou des matchalatte, comme pour faire concurrence à la variété de café, kaffelatte etc.
  3. Un fika complet comprend également souvent une pâtisserie. Les plus traditionnelles sont les kanelbullar (petites brioches à la canelle) ou les kardemummabullar (les même brioches à la cardamome), le kladdkaka (gâteau au chocolat au coeur mi-cuit, éventuellement accompagné de crème fouettée) ou le morotskaka (gâteau aux carottes).
  4. Un fika ne se prend jamais seul ! Que ce soit en tête-à tête, avec un ami proche ou un inconnu dans le but de faire connaissance, entre collègues, entre amis ou membres de la famille, le fika est un moment social, donc à partager en bonne compagnie.
Fika entre pères avec leurs enfants
©Susanne Walström/imagebank.sweden.se

Enfin, n’oubliez pas qu’il n’est pas rare de prendre plusieurs fika par jour : maximum deux par journée de travail, et puis éventuellement après le boulot pour rencontrer quelqu’un rapidement avant de rentrer chez soi en début de soirée. N’ayez donc pas honte d’enfiler plusieurs fika et profitez du bon temps !

Et vous croyiez que les Suédois étaient des solitaires ?! 😉

Source : Wikipedia, sweden.se

A propos Audrey L 34 Articles

Française vivant en Suède depuis 1999 et travaillant dans le domaine culturel, j’aime partager mes expériences, écrire et faire la cuisine.

2 Commentaires

  1. Bonjour,
    Nous sommes un couple de francais aux Philippines, travaillant dans l’hotellerie de luxe. Nous sommes tombes amoureux de la Suede et plus particulierement de Stockholm. Nous aimerions nous installer et ouvrir un salon de the & patisserie. Pourriez vous nous conseiller sur vers qui nous adresser afin de connaitre les modalites et liens utiles ?
    Merci d’avance.
    Amicalement
    Xavier Castello

    • Bonjour Xavier, je vous conseille la lecture de notre article sur la création d’entreprise ici. Nous avons aussi récemment fait le portrait d’un artisan-pâtissier ici, qui j’espère vous inspirera. Bonne chance dans votre projet !

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