Le Dramaten, le théâtre national suédois situé à Stockholm, prépare une mise en scène audacieuse : la reconstitution du procès historique du cas Dominique Pélicot, condamné pour des dizaines de viols collectifs sur son épouse Gisèle Pélicot.
Une mise en scène comme hommage — mais pas que
La pièce s’intitule Pelicot‑rättegången (Le Procès Pelicot). Elle est signée du célèbre metteur en scène suisse Milo Rau et de la dramaturge française Servane Dècle.
L’objectif officiel est « un hommage à Gisèle Pélicot » et plus largement, « de rendre visible ce que représente un tel traumatisme, de restituer l’horreur, et de donner une voix aux victimes ».
Lors de la représentation du 9 décembre 2025, la scène principale du Dramaten sera transformée en salle d’audience. Le format : environ 4 heures sans pause.
Le procès Pelicot, jugé en France, concernait des viols collectifs subis par Gisèle Pélicot, perpétrés par son ex-mari et un groupe d’hommes pendant près d’une décennie. Au terme du procès, en décembre 2024, l’ancien mari a été condamné à 20 ans de prison, et la grande majorité des 51 accusés reconnus coupables de viol, tentative de viol ou agressions sexuelles.
Gisèle Pélicot et sa famille avaient choisi de rendre le procès public, refusant le silence, dans un geste largement salué comme un acte de courage et un symbole de la lutte contre les violences sexuelles.
Pourquoi le Dramaten monte-t-il cette pièce maintenant ?
La mise en scène a fait ses débuts au Festival de Vienne en 2025 et a déjà été saluée dans plusieurs pays. Le Dramaten rejoint sa tournée pour accueillir l’œuvre sur la scène suédoise.
Pour le théâtre, c’est un geste fort : utiliser l’art pour interroger des traumatismes sociaux, questionner le patriarcat, la honte, la justice, et la mémoire collective, un thème universel et bouleversant.
C’est également un pari audacieux : la pièce dure plusieurs heures, aborde des violences sexuelles. Ce n’est pas une soirée légère, mais un moment de confrontation difficile, conçu pour éveiller conscience et empathie.
Réception médiatique et enjeux symboliques
La pièce a déjà provoqué des réactions importantes à l’international. Des journaux comme Le Monde ou Die Welt la décrivent comme « une étape majeure de l’art théâtral », « à la limite de l’intolérable — parmi ce que le théâtre peut montrer de plus bouleversant ».
Elle suscite aussi des débats sur l’éthique de représenter la violence. Le choix du Dramaten de garder l’entrée gratuite et d’autoriser le public à « venir et partir librement » montre une volonté d’accessibilité et de responsabilité.
En mettant en scène un tel drame, Dramaten montre que le théâtre, loin d’être un simple loisir, peut jouer un rôle de miroir de la société, de mémoire collective, et de lieu de catharsis. C’est un geste de solidarité envers les victimes, un acte de soutien et de visibilité.
C’est aussi un rappel que les histoires tragiques ne sont pas que des faits divers mais des appels à la justice, à la vigilance, à l’empathie.
Première aujourd’hui mardi 9 décembre de 18h à 22 h sans pause
Crédit photo : Benedicte Berke
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