EXPO ─ Parmi les gnomes et les trolls avec John Bauer

Petite princesse dans la forêt, huile sur toile, John Bauer, 1903
Petite princesse dans la forêt, huile sur toile, John Bauer, 1903 ©Audrey Lebioda

Le musée Prins Eugens Waldemarsudde propose jusqu’au 23 mai une exposition autour de l’artiste John Bauer, l’artiste suédois dont les illustrations de trolls et de princesses ont bercé bon nombre de Suédois au début du XXème siècle et encore aujourd’hui.

Folklore et mythologie nordiques

La nature féerique est un motif en vogue dans l’art nordique au tournant du XXème siècle. Les forêt profondes, les prairies brumeuses, les torrent rugissants, peuplés de trolls, d’elfes et de Näcken – cet esprit des eaux masculin qui joue une musique enchanteresse afin d’attirer les innocents dans les eaux (relisez notre article à ce sujet) – reviennent souvent dans les peintures et les aquarelles mais aussi les sculptures d’artistes tels que le norvégien-danois Louis Moe, le norvégien Theodor Kittelsen en Norvège, les Finlandais Akseli Gallen-Kallela et Hugo Simberg ou les Suédois Jenny Nyström, Elsa Beskow, J.A.G. Acke, Ernst Josephson et Agnes de Frumerie. Le prince Eugen, Oskar Bergman, Bruno Lilljefors et Ellen Thesleff appréciaient également le folklore et la mythologie nordique. À cette époque, on note également un renouveau pour la littérature de contes de fées et de légendes illustrées.

Parmi les 150 oeuvres d’art de l’exposition, plus de 60 sont de John Bauer. Toutes sont de la même époque à part quelques oeuvres contemporaines de Maria Friberg, Elisabeth Henriksson et Tori Wrånes qui prolongent le thème de la nature féerique jusqu’à nos jours.

Vue d'emsemble de l'exposition, avec la "Forêt gelée" d'Elisabeth Eriksson, verre et étain,2020
Vue d’emsemble de l’exposition, avec la Forêt gelée d’Elisabeth Eriksson, verre et étain, 2020 ©Audrey Lebioda

Le court destin de John Bauer

John Bauer (né le 4 juin 1882 et mort le 20 novembre 1918) est l’artiste suédois que l’on associe le plus facilement avec des illustrations mettant en scène trolls et autres esprits de la nature dans les forêts sombres de Suède.

Né à Jönköping, dans le Småland, d’un père d’origine allemande, charcutier de profession, et d’une mère suédoise, Bauer fait tout sa scolarité dans cette ville et dessine déjà beaucoup dans ses jeunes années. Âgé de 16 ans, grâce au soutien financier de ses parents, il se rend à Stockholm, pour faire des études d’art. Il doit attendre 1900 pour pouvoir intégrer Konstakademien, l’Académie Royale des Beaux-Arts. Il en ressort en 1905, après y avoir étudié entre autres l’illustration traditionnelle, l’étude des plantes, des costumes médiévaux et le croquis.

Deux autoportraits de John Bauer, aquarelle, non-daté et 1917
Deux autoportraits de John Bauer, aquarelle, non-daté et 1917 ©Audrey Lebioda

En 1904, il entreprend un voyage en Laponie dans le cadre d’un ouvrage intitulé Lappland, det stora svenska framtidslandet (La Laponie, grand territoire suédois du futur) publié en 1908 : Bauer y participe en produisant 11 aquarelles d’après des photos prises lors de ce voyage. Ce voyage lui servira de source d’inspiration plus tard dans sa carrière.

Pendant ses études à Konstakademien, Bauer rencontre Ester Ellqvist, qui deviendra sa femme en en 1906. Elle est sa muse et lui sert souvent de modèle. En 1908, au retour d’un voyage en Italie, le couple s’installe à Gränna, où ils achètent une maison l’année de la naissance de leur fil Bengt, surnommé Putte, en 1914.

En 1918, Bauer et sa femme repartent en Italie, en passant par l’Allemagne. Ils visitent Vérone, Florence, Sienne, Volterra, Naples, Capri, et passent l’hiver à Rome. Ils étudient l’art italien ; Bauer s’inspire des fresques italiennes et des oeuvres de Piero della Francesca.

De retour en Suède, Ester, plus habituée à la vie sociale de la capitale, insiste pour qu’ils déménagent à Stockholm. Ils vendent leur maison à Gränna, en achètent une nouvelle à Stockholm, puis ils prennent le bateau à vapeur Brahe, pour traverser le lac Vättern le 19 novembre 1918. Cette nuit, la tempête se lève sur le lac et le bateau fait naufrage : aucun des 24 passagers, dont la famille Bauer, n’y survit…

Parmi les gnomes et les trolls

Bauer débute sa carrière d’illustrateur alors qu’il étude encore à Konstakademien. Dans ses premières illustrations, on peut décerner une influence de Carl Larsson dans le jeu des lignes et d’Albert Engström dans les expressions presque caricaturales des personnages. En 1906, il fit des illustrations pour Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, mais son auteur, Selma Lagerlöf n’en approuva qu’une seule.

John Bauer est devenu célèbre par ses illustrations publiées dans Bland tomtar och troll (Parmi les gnomes et les trolls), une anthologie de contes de fées et d’histoires folkloriques suédoises, publiée tous les ans à Noël depuis 1907. Bauer travailla pour ce receuil jusqu’en 1915 (sauf en 1911). Ses illustrations ont fortement influencés l’imaginaire des Suédois, et certaines ont été utilisés dans des campagnes publicitaires.

Les trolls de Bauer sont maladroits et bonhommes, débonnaires, avec un gros nez, des yeux mi-clos, des cheveux longs et hirsutes. Ils se fondent dans la nature et sont tout en contraste avec les petits enfants aux bouclettes blondes, les princesses gracieuses et les preux chevaliers.

La princesse Linaigrette
« Calme, la princesse Linaigrette est assise et fixe l’eau. » dans Élan longues jambes et princesse Linaigrette, aquarelle, John Bauer, 1913 ©Audrey Lebioda

Une des illustrations les plus iconiques de Bauer est celle du conte de l’élan Skutt et de la petite princesse Tuvstarr (rebaptisée Élan longues jambes et princesse Linaigrette en français), écrite par Helge Kjellin en 1913. La princesse part à l’aventure dans la forêt sous la protection de l’élan qui la prévient qu’elle perdra tout ce qu’elle possède de valeur si elle répond aux mauvais esprits qu’elle rencontrera. Bien sûr, elle ne l’écoute pas et à la fin de l’histoire, elle se retrouve assise au bord d’un lac où elle a perdu son cœur d’or à force de s’y miroiter, tel Narcisse. Bauer construit ses images comme des coulisses de théâtre, leur conférant ainsi une monumentalité malgré le petit format de l’aquarelle, qui est riche en détails. Il joue souvent sur les contrastes opposés : lumière contre obscurité, gracieuseté contre majesté.

Mais Bauer ne peint pas seulement des aquarelles ou des peintures de petits formats (en général carrés, de 20 à 25 cm de côté). Déjà lorsqu’il était étudiant à Konstakademien, la peinture murale l’intéressait. En 1917, il obtient la mission de peindre pour l’école de filles de Karlskrona. Le projet ne fut malheureusement jamais réalisé, mais il nous reste plusieurs esquisses sous forme de peinture sur toile, représentant Freja, déesse de la fertilité : on y voit une similitude avec les princesses de Bauer, même si le style est un peu plus classique.

Freja, tempera sur toile, John Bauer, 1917
Freja, tempera sur toile, John Bauer, 1917 ©Audrey Lebioda

Plus d’info

Où ? Prins Eugens Waldemarsudde, Prins Eugens Väg 6, Stockholm
Quand ? jusqu’au 23 mai 2021, du mardi au dimanche de 11h à 17h
Prix ? adultes 150 kr, retraités/étudiants 140 kr, gratuit jusqu’à 18 ans
Site internet : https://www.waldemarsudde.se/besok-oss/priser-och-oppettider/

A propos Audrey L 108 Articles
Française vivant en Suède depuis 1999 et travaillant dans le domaine culturel, je souhaite faire part de mon expérience et de mes connaissances de la société suédoise pour aider mes compatriotes à s'installer en Suède.

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