Dans l’oeil du cyclone : Pas de vague au Lycée Français

Sophie Boulenger

Professeure d’histoire-géographie au Lycée Français Saint Louis, Sophie Boulenger a dû apprendre à enseigner à distance du jour au lendemain. Quelques semaines après la reprise des cours en présentiel pour les élèves de l’élémentaire et du collège, elle livre ses impressions à la Suède en kit.

 

Comment avez-vous vécu le passage à l’enseignement à distance ?

Basculer d’un enseignement en classe à l’école à la maison a été un vrai défi !

Au début, cela a été très déstabilisant, car il a fallu revoir toutes les méthodes de travail, aussi bien pour nous les professeurs que pour les élèves. Nous (les professeurs ndlr) avons commencé sur les chapeaux de roue, avec beaucoup d’exigences pour pouvoir finir les programmes, avec également en tête toute la question de l’évaluation qui se posait alors. Nous avons reçu beaucoup de mails avec des questions et des critiques de la part des élèves comme des parents, mais nous nous sommes rodés au fur et à mesure.

 

À quel(s) autre(s) défi(s) avez-vous été confrontée ? Comment avez-vous géré la situation ?

Au début, j’ai vraiment été surprise par la faible maîtrise de l’outil informatique par les collégiens, malgré le fait que la jeune génération ait grandi avec les nouvelles technologies. J’ai réalisé qu’ils ne connaissent que les chemins prédéfinis, pour aller sur Youtube, jouer en ligne ou aller sur les réseaux sociaux, mais qu’ils ne savaient pas envoyer un mail avec une pièce jointe !

La dynamique de groupe a également changé de par l’enseignement à distance qui impliquait le recours aux outils informatiques. Échanger à travers un écran n’a rien à voir avec une discussion en classe !

Pour ma part, j’ai choisi de privilégier les activités ludiques comme des quizz en ligne, mais aussi des projets plus créatifs menés au sein du réseau AEFE. Les élèves de 6ème ont par exemple travaillé à la construction de balades urbaines thématiques pour apprendre à enquêter sur le terrain et collecter des données.

Lycée Français Saint Louis, Stockhom
©Lycée Français Saint Louis, Stockholm

Quel regard portez-vous sur cette période ?

Au final, cette période a été très formatrice pour tout le monde, j’ai constaté une nette évolution, avec beaucoup de progrès, notamment dans l’organisation du travail personnel et l’autonomie des élèves.

Cette crise a aussi eu le mérite de nous (les professeurs ndlr) forcer à faire des choses que l’on ne prenait pas forcément le temps de faire, comme découvrir de nouvelles ressources et tester de nouveaux outils par exemple. Cela nous a permis de nous renouveler et de nous mettre à la page en développant des méthodes moins scolaires et plus intéressantes pour des jeunes d’aujourd’hui.

 

Comment a été préparé le retour à l’enseignement présentiel ?

La sécurité a été le fil conducteur de toutes les préparations, afin de limiter les risques de contamination au maximum. Toute l’organisation du Lycée Français a été revue : les emplois du temps ont été adaptés et les groupes réduits pour limiter le nombre d’élèves dans l’établissement, le port du masque est obligatoire, tandis que des blouses et des gants sont fournis au personnel. En plus de se laver régulièrement les mains avec du gel hydroalcoolique, les élèves désinfectent leur table et leur chaise avec des lingettes à la fin de chaque cours. Toutes ces mesures sont prises très au sérieux et respectées de tous.

 

Comment s’est passée la rentrée ?

Nous avions tous hâte de retourner à l’école et d’avoir des cours en face à face. Les élèves sont vraiment ravis de retrouver leurs copains, ils préfèrent être en classe qu’à la maison.

Le climat est serein, nous avons tous pris de nouvelles habitudes, notamment par rapport aux consignes sanitaires, mais cela se passe au mieux, et cela est beaucoup plus appréciable que les cours à distance.

Stora Essingen, Stockholm
©I99pema (CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=66170946)

Avez-vous noté des changements ?

Les conditions de travail n’ont jamais été aussi bonnes ! (rires). Nous travaillons en petits groupes, ce qui crée plus d’interaction dans les échanges, et nous permet également d’avoir un suivi plus individualisé de chaque élève. J’ai aussi constaté que les élèves sont moins fatigués, grâce aux emplois du temps allégés et des temps de transport réduits.

C’est du gagnant-gagnant pour tout le monde, et ce serait l’idéal si cela devenait la norme. Malheureusement, nous savons qu’il est impossible de poursuivre ces mesures sur le long-terme pour des questions de place et de budget. C’est vraiment dommage, car on y perd au niveau de la qualité de l’enseignement.

 

Selon vous, comment la crise va-t-elle modifier notre rapport à l’école sur le long terme ?

Comme dans d’autres domaines, la crise a remis les choses en perspective. Les parents ont dû faire l’école à la maison, et ont réalisé les efforts fournis par les professeurs pour éveiller la curiosité des enfants et leur transmettre les savoirs.

C’est pourquoi j’espère que l’on va sortir de cette confrontation entre la maison et l’école, pour au contraire renforcer les liens entre les parents et les professeurs, et avoir des rapports plus constructifs dans l’intérêt des enfants.

 

Pour aller plus loin :

 

 

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