Bernadotte, le Français devenu roi de Suède !

Le roi Charles XIV Jean de Suède
Le roi Charles XIV Jean de Suède. Huile sur toile de Fredric Westin, XIXe siècle, Nationalmuseum.

Il y a exactement 260 ans naissait en France Jean-Baptiste Bernadotte. Personne n’aurait alors pu se douter qu’il deviendrait un jour roi de Suède. Lors d’une conférence exceptionnelle organisée par La French Connection Stockholm à Stockholm le vendredi 27 janvier à 18h à Posthuset, l’historien Franck Favier, spécialiste du Premier Empire, retracera l’incroyable destin de ce maréchal d’Empire. La Suède en kit s’est entretenue avec cet expert passionnant et passionné et vous propose un avant-goût des échanges qui vous attendent lors de sa venue.

Franck Favier, historien spécialiste du Premier Empire et auteur d’une biographie sur Bernadotte

Comment vous êtes-vous intéressé à Bernadotte ?

Après un Master d’histoire en 1986-1987, je deviens boursier de la Fondation Napoléon en 1990 et je commence à écrire ma thèse d’histoire, sous la direction de Jean Tulard, universitaire et historien français considéré comme l’un des grands spécialistes de Napoléon Ier et de l’époque napoléonienne. Ma thèse porte sur La Suède entre les grandes puissances (1800-1815) : analyse diplomatique. Après un D.E.A. (Diplôme d’Études Approfondies), un doctorat et une agrégation, j’enseigne l’histoire en classes préparatoires. Mon tout premier livre publié en 2010 est une biographie du Maréchal Bernadotte, Un maréchal d’Empire sur le trône de Suède. Son élection comme prince royal de Suède en 1810 changea complètement le cours de sa destinée. Devenu Suédois, il combattit contre la France en 1813-1814. En 1818, il devint roi de Suède sous le nom de Charles XIV Jean et roi de Norvège sous celui de Charles III Jean. Son parcours suscita de nombreux commentaires, plus ou moins positifs selon s’ils étaient des Français, des proches de Napoléon, des Suédois, ou des Norvégiens, un parcours qui méritait une biographie.

Qui était Jean-Baptiste Bernadotte avant de devenir l’héritier de Charles XIII et d’accéder au trône de Suède ? 

Né le 26 janvier 1763 à Pau dans le Béarn, Jean-Baptiste Bernadotte s’engage dans l’armée en tant que soldat en 1780, à 17 ans, à la mort de son père.  Il connait une ascension rapide dans sa carrière militaire sous la Révolution française. De soldat, il devient caporal puis sergent, et passe rapidement au grade de capitaine puis de général en 1794 et enfin de maréchal. Il se distingue à plusieurs reprises sur les champs de bataille et occupe également, pendant une courte période, le poste de ministre de la Guerre.

Pourquoi la Suède avait-elle besoin d’un roi et comment s’est-elle tournée vers Jean-Baptiste Bernadotte ?

Les Suédois cherchaient un maréchal de France pour récupérer militairement la Finlande dont ils avaient perdu le contrôle. L’héritier finalement choisi pour le trône de Suède, le prince danois Charles-Auguste de Augustenbourg, décéda lors d’une manœuvre militaire. Dès lors, les élites suédoises se mirent à la recherche d’un proche de Napoléon pouvant redorer le blason de leur royaume appauvri. En 1810, Jean-Baptiste Bernadotte fut choisi à l’unanimité par le Parlement suédois comme héritier du roi Charles XIII âgé, malade et sans enfants. Jean-Baptiste Bernadotte prend alors le nom de Charles Jean, en suédois Karl Johan, et le titre de régent du royaume. Alors que sa nomination laissait entrevoir une amélioration des relations entre la France et la Suède ainsi que la possibilité pour cette dernière de recouvrer la Finlande, le nouveau prince héritier conduit la politique étrangère suédoise dans une direction littéralement opposée en s’alliant avec la Russie et le Royaume-Uni contre l’Empire français.

Il y avait d’autres candidats. Pourquoi lui ?

Il était apprécié pour son physique avantageux et sa prestance. Il s’était fait remarquer pour sa générosité et sa mansuétude vis-à-vis des prisonniers suédois lors de la bataille de Lübeck en 1806. Deux conditions étaient pourtant requises : être prêt à changer de religion et à vivre dans un pays pauvre comme la Suède de l’époque où l’on parlait une langue qui lui était complètement méconnue. Jean-Baptiste Bernadotte y a vu une opportunité à ne pas manquer à un moment où sa relation avec Napoléon n’était pas au beau fixe.

Napoléon Bonaparte

Pouvez-vous nous parler justement de sa relation avec Napoléon ?

Il y avait une rivalité et des affrontements entre Napoléon et Bernadotte. La femme de Bernadotte, Désirée Clary, était la belle-sœur du frère de Napoléon et fut même sa fiancée par le passé. Bernadotte se méfiait de Bonaparte. Il était très attaché à la république. Malgré des relations houleuses, les deux hommes se réconcilièrent en 1804 et Bernadotte fut élevé à la dignité de maréchal d’Empire, la plus haute distinction militaire du pays. Il participa aux campagnes napoléoniennes à la tête d’un corps d’armée, mais son inaction le jour de la bataille d’Auerstaedt en 1806 et le mauvais comportement de ses troupes à celle de Wagram en 1809 lui attirèrent les critiques de l’Empereur. Dans ce contexte, c’est une opportunité unique qui se présentait à lui lorsqu’il reçut un courrier officiel de la Suède le 3 septembre. Il hésita un temps puis en informa Bonaparte qui devait se féliciter de voir s’éloigner ce parent. Bien plus tard, Bernadotte participera à la chute de Napoléon après le renversement d’alliance et le rattachement à la Russie lors de la bataille de Leipzig.

Désirée Clary, qui épousa Bernadotte en 1798. Huile sur toile de François Gérard, 1808, Palais royal de Stockholm

La France et les Français qui ne connaissent généralement que très peu l’histoire de Jean-Baptiste Bernadotte le considèrent souvent comme un traitre. Pourquoi ?

À Leipzig en 1813, il donne l’ordre de tirer sur ces anciens camarades d’armes français. Il aurait dit avoir été déchiré par cette décision qui l’a rendu impopulaire auprès de ses anciens compatriotes français. Cette décision d’entrer dans la Sixième Coalition contre Napoléon en 1813, en prenant personnellement la tête de l’armée du Nord, lui a permis d’obtenir en contrepartie que la Norvège soit cédée à la Suède, revendication satisfaite par le traité de Kiel de 1814, ratifié quelques mois après la victoire des Alliés à la bataille de Leipzig.

Est-ce que ce roi était populaire auprès des Suédois et s’en souviennent-ils aujourd’hui ?

Lorsqu’il monte sur les trônes suédois et norvégien en février 1818 après la mort de Charles XIII, en tant que nouveau souverain, Charles XIV Jean s’efforce d’améliorer l’économie du pays en équilibrant le budget intérieur avec le paiement de la dette extérieure et en développant les infrastructures, avec par exemple la construction du canal Göta. Il essaie de rapprocher la Norvège de la Suède. La politique étrangère qu’il met en œuvre permet de maintenir les droits de douane à un niveau moins élevé, et le royaume connait sous son règne une période de paix sur le plan intérieur tout en adoptant une attitude neutre dans les affaires internationales.

Pour de nombreux Suédois, c’est lui qui a posé les fondements de la prospérité économique du pays en assainissant les finances et en mettant en place des aides aux plus pauvres et la vaccination. Il est souvent décrit comme un « monarque républicain » qui respectait la constitution.

Il s’est converti au protestantisme mais a eu du mal à apprendre le suédois ce qui rendait difficile les conversations avec les Suédois alors qu’il aimait beaucoup parler. Heureusement que le français était parlé à la cour ! Lorsqu’il s’adressa plus tard aux bourgeois de Stockholm, il revendiqua sa légitimité : « Les annales du monde prouvent que jamais Prince n’est monté sur un trône que par l’assentiment du peuple ou par la force des armes. Ce n’est pas par les armes que je me suis frayé une route à la succession du trône de Suède ; c’est le choix libre de la nation qui m’a appelé. »

Lorsqu’il décède en 1844 à l’âge de 81 ans, c’est son fils Oscar Ier qui lui succède.

Charles XIV Jean – Huile sur toile de Fredric Westin, XIXe siècle, Nationalmuseum

La famille royale actuelle de Suède descend directement de cette lignée. Une statue à l’effigie de Jean-Baptiste Bernadotte trône d’ailleurs devant le palais royal de Stockholm. En 2018, la ville de Pau a accueilli la famille royale suédoise à l’occasion du bicentenaire de l’accession au trône de leur aïeul.

Photo prise dans la rue Bernadotte de Pau le lundi 8 octobre 2018 du roi Carl XVI Gustaf, entouré de la reine Silvia, de la princesse Victoria et du prince Daniel, lors de l’ inauguration du Musée Bernadotte, tout juste rénové dans la maison natale de Bernadotte (©Ville de Pau)

Et vous, avez-vous appris le suédois ?

Je le comprends à l’écrit et le lis mais ne le parle malheureusement pas très bien. J’ai pris des cours il y a quelques années à l’Institut suédois de Paris, un très bel endroit. Ce n’est pas une langue simple à prononcer et je manque malheureusement de pratique.

Merci à Franck Favier pour cette interview et bienvenue à Stockholm le 27 janvier à 18h pour la conférence à Posthuset !

Vidéo du teaser de la conférence ici.

Quand ? Vendredi 27 janvier à 18h
Où ? Auditorium de Posthuset (Aulan), Vasagatan 28, Stockholm
Prix ? Participation demandée : 50 kr
Plus d’informations ? Billets et réservations sur Meetup: https://www.meetup.com/…/frenchconnec…/events/290788514/

 

A propos Noemie G 32 Articles
Arrivée à Stockholm en 2006 pour un Volontariat International en Entreprise, je suis 16 ans plus tard maman de deux franco-suédoises et j'ai monté mon entreprise dans l'enseignement des langues, 123 Voilà ! J'ai à coeur de mettre à profit mon expérience et de partager mes impressions sur la Suède, conseils et idées de sorties ou activités avec ou sans enfants !

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