Les syndicats en Suède

Égalité homme/femme sur le lieu de travail
©Cecilia Larsson Lantz/imagebank.sweden.se

70 % de syndiqués en Suède contre 11 % en France. Comment expliquer cette différence ? Voici un article pour expliquer le rôle des syndicats suédois dans le monde du travail et la société suédoise.

 

Le syndicalisme suédois 

Le syndicalisme dans notre société occidentale voit le jour à la fin du XIXème siècle, suite à l’industrialisation et à l’augmentation de la population ouvrière qui cherchait à améliorer collectivement ses conditions de travail. Aujourd’hui, la société a évolué vers une économie tertiaire et le collectivisme a perdu un peu de sa primauté, mais en Suède, cela reste un point important de la vie en communauté (même si les Suédois sont considérés comme très individualistes).

Les progrès que la société suédoise a connu au cours du XXème siècle l’a fait évoluer d’un état où chacun subvenait plus ou moins seul à ces propres besoins — où l’écart entre les classes sociales se creusait inexorablement — à un état-providence — où l’individu n’a plus à demander de l’aide à ses proches en cas de coup dur ; on se tourne dès lors vers les  administrations publiques. Autre phénomène important dans ce contexte-là : le consensus. Le dialogue social en Suède n’est pas un vain mot, et ne rime surtout pas avec conflit.

Il faut remonter au début du XXème siècle pour trouver les origines de ce dialogue social. En 1909, la Suède est secouée de violentes grèves générales, qui finissent par aboutir, en 1938, aux « accords de Saltjöbaden » qui permettent au patronat et aux syndicats de discuter de manière plus apaisée, pour le bien commun de l’entreprise et de ses employés, sans que l’État s’en mêle.

Saltsjöbadsavtalet
August Lindberg (de LO), à gauche, et Sigfrid Edström (de SAF), à droite, signent les accords de Saltsjöbad.

Les deux parties ont fait des concessions : les syndicats sont ainsi impliqués au niveau local dans toutes les décisions stratégiques de l’entreprise, mais le droit à la grève est extrêmement restreint et ne sera envisagé qu’en dernier recours.

Le rôle des syndicats suédois 

Dans les pays nordiques, les syndicats sont financés par les cotisations de leurs adhérents. En Suède, 70 % de la force de travail du pays était syndiquée en 2015 (contre seulement 11 % en France). On cotise automatiquement à une assurance-chômage en Suède, sans être syndiqué, mais via un syndicat, l’indemnisation sera un peu plus avantageuse. À noter qu’il faut avoir cotisé au minimum 12 mois pour y avoir accès : mieux veux donc se syndiquer au plus vite, voire même en tant qu’étudiant. Les syndicats suédois proposent également des assurances diverses, telles que des complémentaires maladie (les mutuelles n’existent pas en Suède) ou des emprunts immobiliers à des tarifs préférentiels grâce à des accords avec des banques partenaires.

Les syndicats suédois négocient les salaires minimum et les horaires de travail, par des accords de branche à un niveau général, puis des accords d’entreprise à un niveau local. Les accords d’entreprises ne peuvent qu’améliorer les accords de branche. C’est ainsi que les syndicats suédois jouent un rôle primordial dans la réglementation du travail.

Les conditions d’accès à l’emploi ou de cessation de l’emploi ainsi que les conditions de sécurité du lieu de travail sont réglées par la loi, tandis que les conventions collectives suédoises règlent les conditions d’emploi, de travail, de formation professionnelle et de garanties sociales.

Le principe de base des syndicats suédois est que chacun est responsable des conditions de travail et de son environnement de travail. Les délégués syndicaux sont élus par les membres du syndicat au niveau local. Ces délégués syndicaux désignent un ou des délégués au personnel pour les questions de santé et de sécurité (skyddsombud) vers qui peuvent se tourner tous les employés, qu’on soit syndiqué ou non, pour ces questions spécifiques, car elles touchent tout le personel et le bon fonctionnement de l’entreprise.

Pour ce qui est des questions plus personnelles de développement professionnel, salarial etc. mieux vaut se tourner vers son délégué syndical ou vers le syndicat en lui-même, qui tient des permanences téléphoniques. En tant que membre d’un syndicat, la cotisation donne en effet accès à des conseillers en vue des négociations de salaires, pour revoir un CV ou coacher avant un entretien d’embauche. Si les choses se corsent, on peut également obtenir l’aide d’un juriste. Les délégués syndicaux sont formés en droit du travail et droit de l’environnement du travail par leur syndicats.

Poignée de mains
©Philippe Ramakers/freeimages

Les négociations de salaires

Les grands syndicats signent des accords de branches avec les grands employeurs pour une durée de trois ans, décidant ainsi de la voie à suivre en matière de conditions de travail (vacances, congés etc…) et de salaire. Sur cette période-là, tant que l’accord est valable, la grève est interdite. Tous les trois ans, des re-négociations ont lieu en vue du prochain accord, et des grèves peuvent éventuellement éclater, mais cela reste très rare.

La plupart des syndicats se cale souvent sur les accords signés dans l’industrie suédoise, qui donne en général environ 2 % d’augmentation par an. Attention, ces 2 % ne veulent pas dire 2 % pour tout le monde, mais 2 % en moyenne, ce qui veut dire que certains employés peuvent obtenir moins, d’autres plus, en fonction de leur prestation sur l’année passée. Il n’y a pas de grilles de salaire en Suède et l’ancienneté est de plus en plus rarement un bon argument de négociation pour revoir son salaire à la hausse. Quelques syndicats suédois sont même allés jusqu’à signer des accords à durée illimité et sans chiffre, sans pourcentage d’augmentation fixe. Cela pousse les partenaires à discuter constamment et sur le long terme de l’évolution des salaires.

Les statistiques salariales fournies par votre syndicats (n’hésitez donc pas à répondre à l’enquête annuelle si vous en recevez une) sont un outil important pour voir à quel niveau se situer, en fonction de son âge, de son niveau d’éducation, de formation, et son échelon hiérarchique. On ne peut jamais éviter de comparer son salaire à celui du collègue, mais dans une négociation avec votre supérieur, il vaudra mieux faire état de ce que VOUS avez réalisé au cours de l’année passée.

Environnement de travail
©Lena Granefelt/imagebank.sweden.se

Arbetstagarorganisationer — organisations des employés

Les premiers syndicats suédois, dans les années 1870, organisaient les travailleurs en fonction de leur professions. Puis ils se sont rassemblés en fédérations de branche. Aujourd’hui, tous les syndicats suédois se regroupent sous trois organisations-parapluies syndicales : LO (Landsorganisation), TCO (Tjänstemännens centralorganisation) et SACO (Sveriges akademikers centralorganisation).

LO fut créée en 1898 et a toujours été très proche du parti politique social-démocrate : à eux deux, ils forment les piliers du mouvement ouvrier suédois. C’est au combat de LO que l’on doit le suffrage universel, le 1er mai férié, la journée de travail de 8h et les semaines den 48h (en 1920) ainsi que la mise en place d’Arbetsdomstolen (le Tribunal du travail). En 2010, cette fédération comptait 1,5 millions de membres par l’intermédiaire de 14 syndicats principalement concentrés dans les industries du métal, du papier, dans le bâtiment, les secteurs alimentaires et hôteliers, et dans les transports. Les deux plus grands syndicats de LO sont Kommunal et IF Metall.

TCO a été fondée en 1944 et compte aujourd’hui 1,2 millions de membres répartis dans 14 syndicats. C’est là que l’on trouve par exemple les syndicats des journalistes, de la police, des professeurs et des infirmières. Un des plus grands syndicats de TCO est Unionen, chez qui la plupart des employés de grosses entreprises telles que IKEA, ABB, H&M, Ericsson et Volvo sont rattachés.

SACO, quant à elle, date de 1943 et comptait 650 000 membres en 2013, répartis dans 22 syndicats, défendant les intérêts des architectes, des bibliothécaires, des ingénieurs, des juristes, des médecins, des professeurs, etc… Les chevaux de bataille de cette organisation sont l’égalité homme-femme, les assurances, les retraites, le développement des compétences professionnelles.

©Simon Paulin/imagebank.sweden.se

Arbetsgivarorganisationer — organisations des employeurs

Les employeurs (les Suédois parlent rarement de patronat) s’organisent également. Arbetsgivarverket organise la fonction publique et rassemble 270 administrations et agences nationales. Sveriges kommuner och landsting (SKL) organise les communes et les régions. Svenskt Näringsliv, quant à elle, regroupe une cinquantaine d’organisations dans les secteurs de la métallurgie, hôtellerie, industrie du papier, bâtiment etc.

 

Petit lexique

ett fackförbund : une fédération syndicale (à l’échelon national)

en fackförening : un syndicat

en facklig representant : un délégué syndical

ett skyddsombud : un délégué au personnel pour les questions de santé et de sécurité (physique et psycho-sociale)

 

Cet article est une variante de celui publié par le même auteur sur Le Petit Journal Stockholm.

A propos Audrey L 29 Articles
Française vivant en Suède depuis 1999 et travaillant dans le domaine culturel, j'aime partager mes expériences, écrire et faire la cuisine.

4 Commentaires

  1. Quelques compléments: les organisations d’employés suédoises ne sont pas de la mouvance syndicaliste excepté Syndikalisterna tandis que les syndicats français sont plutôt de la mouvance syndicalistes. Ne pas utiliser le non syndicat pour designer un syndicat en suede. plutôt le mot union (comme au Québec).
    Le fait de faire greve est assez souvent le dernier recours car cela peut être vu comme un signe de faiblesse. Pas de greve pré-négociation comme en France.
    Il n’y a pas de différence d’indemnisation chômage si on cotise directement ou via un syndicat aux caisses d’assurance chromage. C’est limité à 80% de 25000 kr. Par contre les unions proposent de manière volontaire ou non des indemnisations supplémentaires (90% du salaire) qui peuvent être aussi prises via des assurances indépendantes des unions.
    Les cotisations aux caisses complémentaires de chômage dépendent de la branche. cela peut aller de 100 kr par mois par exemple pour les ”akademiker” à plusieurs centaines de couronnes.

    De manière générale, les unions ont une approche plutôt holistiques. Ils protégeront le groupe et accepteront des sacrifices si cela protégeraient le groupe en essayant de négocier des contreparties pour ceux qui sont mis de cote. On voit une différence avec le syndicalisme qui fonctionne par opposition. Un exemple est la diminution temporaire du temps de travail pour les employés avec baisse des salaires (80% resp 90%) pour éviter un licenciement dans une période creuse. Tres dure en France…
    Certains syndicats decident tout pour leur membre tandis que d’autre laissent la possibilité aux membres de décider de ce qu’ils veulent.

    Les unions se calent sur les syndicats de l’industrie pour les accords salariaux comme écrit dans l’article. Une des raisons est que la Suède est un pays industriel et que l’industrie est source d’exportation et de rentrée financières pour la Suède.

  2. Depuis deux ans que je travaille dans l’hôtellerie personne sur mon lieu de travail m’a informé de mes droits et possibilités…. il n’y à aucune solidarité et l’esprit de groupe dans le cadre de licenciement de masse n’existe pas. Moins vous êtes informé ( surtout les étrangers ) moins vous percevez, moins vous réclamé. Aux moins en France on peut hurler quand on obtient pas ses droits…ici on ferme sa gueuler et on obtient moins que rien. Merci pour toutes ces infos que j’aurais du recevoir à la signature de mon contrat. Aujourd’hui la situation des salariés est celle du licenciement économique alors que le propriétaire détruit un lieu de travail pour en faire des appartements destinés à la location..et là je vous rassure encore, ses appartements ne serons sociaux. Alors la solidarité suédoise je n’en dirait rien je risquerais de choquer ces âmes « si sensible »

    • Bonjour Véronique, et merci de ton commentaire. L’hôtellerie est un monde difficile pour ce qui est des droits des employés suédois, car beaucoup ne sont pas employés en CDI et pas à plein temps non plus. Ce n’est pas une excuse, on n’est bien d’accord. Mais il est d’autant plus important de s’inscrire à un syndicat. Ce n’est pas toujours l’employeur qui informe le nouvel employé sur les syndicats représentant sur le lieu de travail, mais s’il le fait cela montre que les syndicats ont vraiment une place et qu’on les prend au sérieux. Je ne connais pas tous les syndicats suédois, mais tu peux te tourner vers celui-là par exemple : Hotell- och restaurangfacket. Bonne chance !

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