L’exposition « Livet och trasornas väv » au Musée d’art Sven-Harry, rend hommage au métier à tisser, un outil empreint de motifs et d’histoires de femmes. Le tissage est un art du fil, des bouts de matières qui s’entrelacent et s’entrecroisent, des fils liés entre la main et la pensée, le passé et le présent, l’individu et le collectif mais souvent un art féminin et/ou féministe. C’est une découverte de l’art textile comme médium de création artistique. De la broderie militante aux tapisseries monumentales, le tissage écrit de nouveaux récits de laine, de lin, de fibres non tissées et de fils métalliques ou plastiques, un langage essentiel de l’art contemporain. Cette petite exposition interroge les textures, les couleurs, les volumes, formes et matières mais aussi la mémoire culturelle au delà des frontières entre art décoratif et art contemporain.

Le tissage une histoire de femme
Le tissage existe en Suède depuis des milliers d’années. La production de tissus en lin et en laine, à l’époque viking, est une part centrale du travail des femmes. Les tissus sont utilisés pour les vêtements, les voiles, les couvertures et comme troc. Le métier à tisser debout est simple mais efficace. Au Moyen Âge, les techniques de tissage se développent. Des textiles fins sont utilisés dans les églises et parmi la noblesse, tandis que le peuple tisse des matières durables pour un usage quotidien. Le tissage est une tâche ménagère nécessaire et une compétence importante transmise de génération en génération. Chaque ferme a un métier à tisser pour les vêtements, le linge de maison, les tapis et couvertures. Les motifs varient selon les régions. Trasmattan , ce tapis tissé à partir de chemises, draps ou tabliers usés témoigne d’une société dans laquelle rien ne se jette et tout se recycle. Pendant l’industrialisation, le tissage passe du travail domestique au travail industriel rémunéré, souvent pratiqué par des femmes et des enfants dans des conditions difficiles.

Un art de femmes et des femmes dans l’art
Parallèlement, le tissage domestique commence à être perçu comme un artisanat et durant le XXe siècle, la préservation du tissage comme patrimoine culturel s’organise et les musées documentent les techniques et les motifs. Des artistes renommées comme Karin Bergöö ou Siri Derkert signent des oeuvres emblématiques.

Mais c’est sous les initiales MMF que se cache l’une des artistes et designers textiles suédoises les plus importantes.
Märta Måås-Fjetterström fonde en 1919 son atelier de tissage à Båstad, toujours actif aujourd’hui. Elle crée des tapis, des tapisseries et des textiles de très haute qualité. Chaque pièce tissée à la main, en laine et en lin, se caractérise par un équilibre élégant des couleurs et des formes et motifs, inspirés de la tradition populaire suédoise . MMF concoit le tissage comme de l’art au même niveau que la peinture et la sculpture. Elle laisse une empreinte artistique importante et un héritage textile dans les palais royaux, les bâtiments publics musées et collections privées en Suède et à l’étranger. Aujourd’hui, ses tapis sont considérés comme un patrimoine culturel et objets de collection. Si vous avez la chance d’en posséder un, prenez garde en marchant dessus, on l’identifie grace à sa signature ABMMF ( Aktie Bolag Märta Måås Fjetterström)

De tapis au sol à tapisserie au mur
L’exposition donne la part belle aux artistes contemporains en présentant des oeuvres aux techniques de tissage variées, à base de lin, laine et coton mais aussi matières de récup. Les productions textiles de 33 artistes dont les très créatifs Pia Ferm et Ulla Parkdal ou de la suédo-suisse Estelle Bourdet sont à découvrir en déambulant de salles en étages. Des moments de tissage en direct et en partage sont également proposés.

Plus de renseignements sur le Sven-Harry Museum ici
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