Égalité hommes-femmes en Suède : progrès et défis

 

L’égalité entre les hommes et les femmes, mesurée à travers de multiples dimensions sociales, économiques et politiques, demeure un enjeu central des sociétés modernes. En Europe, la Suède est souvent présentée comme l’un des pays les plus avancés, tandis que la France figure régulièrement dans le peloton de tête des États de l’Union européenne. Grâce à des indicateurs précis, il est possible de comparer ces deux pays pour mieux comprendre leurs forces, leurs défis et leurs trajectoires.

Égalité hommes-femmes en Suède : cadre général

La Suède est considérée comme l’un des pays les plus avancés au monde en matière d’égalité de genre. Le pays promeut l’égalité dans l’éducation, l’emploi, la participation politique et le partage des responsabilités familiales.

Elle a introduit le congé parental neutre dès 1974 et encourage une participation équilibrée des pères et des mères au travail parental.

Le taux d’activité des femmes (20-64 ans) est parmi les plus élevés de l’UE.

Les politiques gouvernementales visent une égalité de pouvoir et d’influence entre les sexes et intègrent la lutte contre la violence dans ces objectifs.

Classements globaux : Suède en tête, France proche derrière

Selon l’Indice d’égalité entre les sexes (Gender Equality Index) publié par l’Institut européen pour l’égalité entre les femmes et les hommes (EIGE), la Suède arrive en première position au sein de l’Union européenne avec un score de 73,7/100, juste devant la France, qui obtient 73,4/100. Cet indice couvre six grands domaines : travail, argent, connaissances, temps, pouvoir et santé.

Ce résultat montre que les deux pays sont bien au-dessus de la moyenne européenne (63,4), mais que la Suède conserve un léger avantage global en termes d’égalité.

Participation au marché du travail et tâches non rémunérées

La Suède se distingue par une forte participation des femmes au marché du travail et par des politiques publiques favorisant l’équilibre des responsabilités familiales. Selon des données comparatives, les femmes suédoises ont un taux d’emploi élevé (≈ 63 %), et la représentation des femmes au parlement est proche de la parité (≈ 46,7 %).

En matière de travail non rémunéré (ménage, soins à domicile, etc.), la Suède présente l’un des écarts les plus faibles d’Europe : les femmes y consacrent environ 220 minutes/jour, contre 171 minutes pour les hommes — soit un écart de 49 minutes, le plus bas parmi les pays européens étudiés.

Pour comparaison, en France, l’écart dans le travail non rémunéré est plus élevé, avec environ 224 minutes par jour pour les femmes, ce qui reste supérieur à la moyenne dans d’autres pays européens.

Écarts salariaux et participation économique

L’inégalité salariale entre hommes et femmes persiste dans tous les pays de l’OCDE, même si elle s’est réduite au fil du temps. En moyenne, une femme gagne encore moins qu’un homme pour un travail à temps plein (écart médian d’environ 11,5 % à l’échelle de l’OCDE).

Les études montrent que malgré l’avancée des droits et des réglementations en Suède, des écarts de salaire demeurent, notamment dans le secteur privé et dans les postes de haut niveau, où les femmes restent sous-représentées.

En France, le gouvernement s’est engagé à renforcer la transparence des salaires pour réduire l’écart entre les sexes, notamment via une transposition nationale d’une directive européenne sur la transparence des rémunérations et des obligations accrues pour les entreprises.

Représentation politique

La Suède bénéficie d’une représentation féminine forte dans ses institutions : environ 46 % des sièges au parlement sont occupés par des femmes, un taux élevé comparé à la moyenne européenne.

La France a également fait des progrès significatifs sur ce plan depuis les lois sur la parité politique, avec une présence féminine importante à différents niveaux de décision. Dans les entreprises, la France a même l’une des parts les plus élevées de femmes siégeant aux conseils d’administration des grandes entreprises (≈ 47 %), résultat de la loi Copé- Zimmerman, adoptée en janvier 2011 et de la loi Rixain de 2021.

 Santé, sécurité et défis sociétaux

Malgré ses avancées, la Suède doit faire face à des défis émergents. Des enquêtes récentes montrent une augmentation des actes de harcèlement, de menaces et d’intimidation envers les femmes en politique, qui poussent certaines à quitter la vie publique, soulignant que l’égalité formelle ne garantit pas l’égalité d’expérience.

En France aussi, les débats sur l’égalité ne se limitent pas aux indicateurs quantitatifs ; ils incluent des discussions sur les stéréotypes, la discrimination dans certains secteurs économiques, et la nécessité d’améliorer la représentation féminine dans les métiers scientifiques et techniques.

La Suède et la France figurent toutes deux parmi les pays européens les plus avancés en matière d’égalité entre les hommes et les femmes, chacune avec ses spécificités :

La Suède se distingue par une approche structurelle très intégrée, une forte participation des femmes au marché du travail et une division plus équilibrée du travail domestique.

La France, très proche dans l’indice global, se concentre sur des politiques de transparence salariale et une forte présence féminine dans les conseils d’administration, mais elle fait face à des défis persistants dans l’équilibre entre vie professionnelle et rôles familiaux.

Dans les deux pays, l’égalité est un processus dynamique, nécessitant des efforts continus tant dans les politiques publiques que dans les normes sociales.

Les comparaisons statistiquement précises montrent un progrès significatif, mais aussi des marges d’amélioration, que ce soit dans les salaires, la représentation dans les postes clés ou encore la vie politique.

Cependant, malgré ces progrès, des défis persistent dans la pratique, notamment en lien avec les violences basées sur le genre.

Le gouvernement suédois considère que la violence des hommes contre les femmes doit cesser et traite ce sujet comme une priorité majeure comparable à la lutte contre le crime organisé.

Des mesures spécifiques incluent :

. Un programme d’action national (2024-2026) avec plus de 130 initiatives pour prévenir et combattre la violence domestique, les violences sexuelles et l’oppression basée sur l’honneur.

. Des investissements publics importants (plus de 600 millions SEK) pour des actions ciblées sur la violence des partenaires et les violences dites “honorables”.

Sensibilisation, coopération entre services sociaux, police et santé.

Données sur les violences sexuelles et conjugales

Selon l’enquête suédoise sur la criminalité :

En 2023, parmi la population générale, environ 1,2 % des femmes ont déclaré avoir subi des actes sexuels coercitifs. Chez les hommes, ce chiffre est nettement plus faible (environ 0,2 %).

( chiffres de Statistikmyndigheten SCB)

D’autres données plus anciennes montrent également qu’une part significative de femmes a subi du harcèlement ou une agression sexuelle au cours de sa vie, bien que les définitions incluent un large éventail d’actes (du harcèlement verbal à l’agression violente).

Les chiffres peuvent paraître élevés par rapport à d’autres pays car la Suède a une définition juridique très large des violences sexuelles et encourage le signalement. Cela implique que des comportements très divers (harcèlement, commentaires offensants, attouchements) sont comptabilisés comme violences sexuelles.

Les statistiques montrent que :

15 % des femmes (vs 12 % des hommes) ont déclaré avoir été victimes de violences dans une relation intime (physiques, psychologiques ou sexuelles) au cours de leur vie.

La violence psychologique est la forme la plus fréquente, mais les femmes sont plus exposées à la violence sexuelle au sein du couple.

Des études plus anciennes estiment qu’environ 14 % des femmes ont subi de la violence physique ou des menaces de partenaires, et 7 % ont subi des agressions sexuelles de la part d’un partenaire après 18 ans.

Même si la Suède encourage à signaler, beaucoup de violences ne sont pas signalées aux autorités, souvent parce que les victimes craignent des conséquences.

Certains discours (notamment à l’international) ont parfois exagéré la situation dans les médias, avec des affirmations non confirmées selon lesquelles la Suède serait “la capitale du viol du monde”. Ces affirmations sont souvent liées à des interprétations biaisées des données ou à des narratifs politiques, les viols étant plus déclarés en Suède.

Conclusion

Malgré son image de pays pionnier en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, la Suède montre que l’égalité juridique et institutionnelle ne garantit pas à elle seule une égalité réelle dans les comportements et les relations sociales.

Les violences sexuelles et conjugales demeurent un problème majeur, révélant la persistance de rapports de pouvoir et de normes culturelles inégalitaires.

Les progrès à accomplir concernent d’abord la prévention, notamment par une éducation durable à l’égalité, au consentement et au respect dès le plus jeune âge. Il s’agit aussi de renforcer la protection des victimes, en améliorant l’accompagnement psychologique, social et juridique, et en réduisant les obstacles au signalement des violences.

Par ailleurs, l’efficacité des réponses judiciaires doit encore être améliorée afin d’assurer que les auteurs soient poursuivis et sanctionnés de manière cohérente, ce qui constitue un levier essentiel de dissuasion.

Enfin, la lutte contre les violences faites aux femmes nécessite un engagement continu des hommes, non seulement comme alliés, mais aussi comme acteurs de changement des normes masculines traditionnelles.

La Suède a posé des bases solides, mais le défi reste de transformer les politiques publiques en changements profonds et durables dans la vie quotidienne, afin que l’égalité femmes-hommes soit pleinement vécue et non seulement proclamée.

 

A propos Noemie G 67 Articles
Maman de deux franco-suédoises, j'ai à coeur de mettre à profit mon expérience et de partager mes impressions sur la Suède, conseils et idées de sorties !

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