Les nouveautés littéraires suédoises traduites en français – début 2026

Credits: Helena Wahlman/imagebank.sweden.se

 

Pour les lecteurs avides de balades littéraires en terres suédoises, voici trois traductions fraîchement débarquées dans les librairies et les  bibliothèques françaises. Tout se passe dans le Nord du pays, dans des paysages peu peuplés, mais non dénués d’humanité.

Pour les lecteurs avides de balades littéraires en terres suédoises, voici trois traductions fraîchement débarquées dans les librairies et les  bibliothèques françaises. Tout se passe dans le Nord du pays, dans des paysages peu peuplés, mais non dénués d’humanité

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La colonie, d’Annika Norlin
La peuplade, 2025 ; traduit du suédois par Isabelle Chereau

Certes, c’est un bien gros roman, mais il faut bien toutes ces pages pour emporter le lecteur dans ce qui ressemble à une utopie minuscule et qui se transforme en… zut, impossible d’en dire plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte de ces personnages atypiques et attachants : ils et elles sont sept, et ils se sont inventés un nouvel écosystème, en dehors de notre société contemporaine, dans une ferme isolée du nord de la Suède. Jusqu’à l’arrivée d’Emelie, dévorée par un burn-out, en quête de calme et de sérénité. La rencontre entre Emelie et le groupe est un
événement lent et timide, mais tout de même fracassant. Car Emelie ne peut s’empêcher de questionner les choix radicaux du groupe.

C’est donc un roman contemporain qui nous propose une sortie de piste, une tentative de rupture avec les carcans de notre société occidentale. Est-ce que ça marche ? Est-ce que le bonheur se cache au fond d’une forêt suédoise ? Il faut le lire pour entendre chaque personnage raconter son monde intérieur et sa vision, sa compréhension de ce collectif improbable. C’est drôle et fin, touchant et nuancé. Le roman a été couronné de plusieurs prix en Suède et traduit dans de nombreuses langues.

Annika Norlin est autrice, journaliste et musicienne. On peut entendre ses textes dans le groupes Hello Saferide, en anglais, et Säkert!, en suédois. Elle a publié quelques nouvelles et un recueil de chansons. La Colonie est son premier roman.

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 Ædnan Terre-Mère, de Linnea Axelsson
Éd. Paulsen, 2025 ; Traduit du suédois par Rachel Erdmann

C’est une épopée en prose qui nous transporte dans le Grand Nord suédois et qui nous fait traverser tout le 20e siècle, avec les yeux et les mots des Sames. Au fil des générations, on lit la fin du nomadisme, les familles brisées et séparées, le désir de renaissance et de lutte – une histoire qui s’écrit encore aujourd’hui, pour donner à entendre les langues sames, et pour raconter les blessures et les victoires de ce peuple autochtone. Il y a Aslat, jeune éleveur de rennes promis à un bel avenir, mais qui n’aura pas le temps de vivre ; Lise, qui a perdu sa langue maternelle ; puis Sandra, figure de la résistance, qui incarne avec audace et endurance la lutte contemporaine pour les droits de son peuple.
Dans ce texte ciselé et sans ponctuation, chaque paysage, chaque être vivant, chaque émotion, est écrit dans un souffle – c’est un texte qu’on a envie de lire à voix haute, pour mieux en saisir le rythme, pour se faire happer par cette poésie sans fard.

En sami du Nord, le mot Ædnan signifie la terre, le sol et la mère. C’est dans cet univers culturel et linguistique puissant que Linnea Axelsson veut nous amener. Et c’est une grande réussite saluée par de nombreux prix littéraires, dont le Prix August de la Fiction 2018 – l’équivalent du prix Goncourt français.

Linnea Axelsson est poétesse et romancière, désormais installée à Stockholm. Ædnan est sa première oeuvre traduite en français.

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Je suis la mer, de Elin Anna Labba
Payot et Rivages, 2026 ; Traduit du suédois par Françoise Sule

Toujours dans le Grand Nord suédois. Toujours ces landes et ces forêts et ces lacs qui hébergent des peuples nomades, des territoires qui semblent immuables – et qui ne le sont pas. Elin Anna Labba nous invite au bord d’un lac, dans la région de Luleå, au bord duquel vivent plusieurs familles Sames.

Ça commence dans les années 1940, l’industrie hydraulique est en plein essor et fait des plans pour inonder des vallées, pour agrandir un lac, qui devient mer et qui prend voix dans ce texte lent et lancinant, où des humains n’ont pas d’autres choix que de laisser leurs maisons et leurs tentes prendre l’eau, pour aller s’installer plus haut, au-dessus des nouvelles berges. On pourrait songer que cette histoire n’est pas très originale, on a inondé bon nombre de vallées dans les montagnes françaises pour produire de l’électricité à la force des cours d’eaux. Mais ici, nos personnages vont devoir déménager quatre fois : les années passent, et la compagnie hydraulique revient toujours les voir, pour asséner une nouvelle date de déménagement, une nouvelle date d’inondation – avec des propositions de compensation dérisoires, des règles administratives opaques… Ingá, sa mère Rávdná et sa tante Ánne, sont nos trois guides dans cette communauté qui n’est plus nomade, mais n’est pas encore totalement sédentaire – et qui essaie, tant bien que mal, de sauver ce qui peut l’être de la montée des eaux, du progrès énergétique et du mélange des langues.

Elin Anna Labba est une autrice et journaliste same. Elle nous livre ici un texte franc dans lequel les liens entre des humains et leurs paysages sont terriblement bien racontés. C’est le récit d’un territoire, à travers la voix de ses habitants et de ce lac qui s’étale et mange ses propres berges.

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Bonnes lectures !

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