La mitaine de Lovikka — un artisanat qui ne jette pas le gant !

© Göran Dahlin, Norrbottens museum

À la recherche d’un deuxième cadeau typiquement suédois (voir article sur le dalahäst ici) ? Pourquoi ne pas chercher du côté des indispensables de l’hiver ? Une belle paire de gants en laine, par exemple ! Oui mais pas n’importe lesquels ! Optez pour un autre symbole de l’artisanat suédois, le Lovikkavante

Le Lovi – quoi ?

Le Lovikkavante, ou mitaine de Lovikka, doit son nom à son origine géographique. Lovikka est un petit village situé près de la rivière Torne dans le Norrbotten, à 20 km au nord du cercle polaire arctique. Autant dire que le gant, c’est un sujet qu’on maîtrise bien, là-haut ! 

La mitaine Lovikka est un gant de laine épaisse. Elle s’inspire dans sa forme des gants des travailleurs du grand nord, elle est tricotée plutôt large avec des pouces amples et, au départ, sans distinction de main gauche/main droite afin de pouvoir être facilement enfilée. Elle a un double col et une bordure à motif au poignet, souvent des croix de différentes couleurs, ainsi qu’un cordon tressé avec un pompon. Le col, la bordure et le pompon sont décoratifs mais il est possible de rabattre le col pour allonger la mitaine et la tresse peut faire office de revers pour lier les moufles entre elles afin que la neige n’y pénètre pas et permet de les accrocher plus facilement lors du séchage.

La fabrication

Les gants sont tricotés main bien sûr, à partir de 100 % laine cardée suédoise avec un fil lâchement filé. Une fois tricoté, le gant est lavé, ce qui le rend légèrement plus serré. Lorsque la mitaine est sèche, elle est cardée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur pour obtenir son aspect caractéristique, laineux et vraiment doux au toucher, très agréable à porter. Ce traitement rend les moufles très chaudes, confortables et également déperlantes. Elles sont enfin brodées avec des couleurs rappelant les couleurs samies (bleu, jaune, rouge, vert) et les motifs varient selon l’inspiration de l’artisan. Ils n’ont cependant aucune autre vocation que de rendre le gant joli.

En ce qui concerne l’entretien, il reste simple. Les gants doivent être lavés à la main avec un détergent savonneux, séchés et cardés pour redevenir beaux et doux.

© Norrbottens husmodersföreningar

L’erreur est humaine : à l’origine du Lovikkavante

La moufle de Lovikka est né en 1892 et fête donc cette année son 130e anniversaire. C’est Erika Aittamaa qui en est à l’origine. Erika, son mari August et leurs 8 enfants étaient pauvres. Erika tricotait des mitaines qu’elle vendait pour gagner un peu d’argent. Un jour, elle a reçu une commande pour une paire de gants devant être très chauds et résistants. Erika a filé un fil de laine très épais puis a commencé à tricoter. Mais lorsqu’elle a remis les mitaines à son client, celui-ci a estimé qu’elle avait abîmé la laine et que les mitaines étaient si épaisses, si rigides, si inconfortables à porter qu’il  n’en voulait pas. Erika a réfléchi à comment les assouplir. Elle a réalisé qu’en les lavant et en les cardant plusieurs fois, elle pouvait les rendre doux. Le résultat fut une paire de moufles chaudes et confortables. Lorsqu’elle a de nouveau proposé les mitaines à son client, celui-ci les trouva parfaites ! Au fil du temps, Erika a commencé à décorer les poignets de ses mitaines en brodant une bordure et a ajouté le cordon tressé avec un pompon pour les rendre aussi beaux que confortables. C’est ainsi qu’est né le Lovikkavante !

Le succès à portée de main

Erika a commencé à recevoir de nombreuses commandes. Généralement le client fournissait le fil. Elle tricotait à peu près toute l’année et jusque tard dans la soirée pour suivre le rythme des commandes. Pendant les années de guerre (durant la Première Guerre mondiale), le mari d’Erika a également commencé à tricoter, ses mitaines étant aussi belles que les siennes, d’après Erika elle-même. La vente des gants leur permettait d’élever leurs enfants sans avoir à dépendre d’une aide quelconque. 

La demande est devenue si importante qu’Erika a commencé à enseigner sa technique à d’autres personnes. En créant des emplois, le tricot est devenu une grande source de revenus pour les femmes de Tornedalen, en particulier dans les années 1930. À cette époque, un instituteur a voulu aider Erika à déposer un brevet pour ses gants. Mais pour cela, il fallait payer la somme de 30 kr, somme qu’Erika pensait ne pas pouvoir se permettre. Ce n’est qu’après sa mort (survenue en 1952 à l’âge de 86 ans) que l’association des femmes au foyer de Lovikka (Norrbottens husmodersföreningar) a fait enregistrer en 1962 la marque « äkta Lovikka-vante » auprès de l’Office des brevets et de l’enregistrement, Patent- och registreringsverket (PRV)

 

©PRV
© Norrbottens humodersföreningar

 

La fin d’une trop belle histoire ?

Le brevet garantit que les gants sont fabriqués dans le respect de la tradition et est le garant du savoir-faire des artisans de Lovikka. Malheureusement, il n’y a que le logo et le sceau qui sont protégés par le PRV. Cela veut dire qu’on peut copier tout à fait impunément les mitaines, leur forme caractéristique et leur design. La mitaine elle-même peut être protégée en tant que modèle mais elle doit alors faire l’objet d’un examen. C’est ce flou juridique qui a eu raison de la petite entreprise Lovikkavanten AB. Durant les années 1994–2007, la production de mitaines mécaniques a été réalisée par la firme, malheureusement déclarée en faillite début 2007, la concurrence étant trop vive avec des gants similaires vendus à des prix nettement inférieurs. Pourtant, le doute existe sur la qualité de ces moufles fabriquées loin de la Suède, en usine, avec de la laine synthétique…

Où acheter des mitaines Lovikka ?

Aujourd’hui, une quinzaine de femmes sont autorisées à tricoter la véritable mitaine Lovikka. Pour elles, seuls les gants tricotés par des femmes de manière traditionnelle à Lovikka ont le droit d’être classés comme de véritables gants Lovikka. Le gant Lovikka est encore tricoté à partir de fil pré-torsadé à la main qui est ensuite lavé et brossé avec un cardeur de laine. Le fil, l’ouvrage, le lavage, le cardage, la broderie : tout est réalisé à la main. Ces gants-là portent le sceau “äkta lovikkavante”

© Norrbottens husmodersföreningar

Tout dépend du prix que vous êtes prêts à mettre pour une paire de gants. Les modèles moins chers seront en synthétique doublés de polaire, avec des motifs moins élaborés, moins résistants… Il faut compter environ 700 kr pour une paire de gants, à commander directement auprès de l’association de Norrbottens husmodersföreningarVous pouvez aussi les trouver dans des magasins et boutiques d’artisanat, l’achat peut se faire en ligne sur leurs sites. Veillez à ce que le sceau soit présent. Des gants similaires non estampillés se vendront dans les mêmes prix. Sans être des moufles authentiques, s’ils sont faits main, vous bénéficiez d’un travail artisanal de qualité similaire. À vous de choisir ceux qui vous plaisent le plus !

Pour les plus habiles d’entre vous, reste une dernière solution pour avoir des mitaines à votre goût. La laine s’achète facilement (Lovikkagarn), il est tout à fait envisageable de les tricoter vous-mêmes. Alors, à vos aiguilles !

A propos Anne D 26 Articles
Basée à Stockholm depuis 2008, Anne aime observer ce qui l'entoure, expérimenter (même après toutes ces années !) l'exotisme des supermarchés et évoquer les décalages de la vie suédoise prêtant à sourire ou à réfléchir.

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