Växjö, la ville verte qui croît en polluant moins !

Vue sur Växjö et la cathédrale
©Mats Samuelsson/Växjö kommun

Entourée de forêts, la ville de Växjö dans le Sud de la Suède prospère tout en en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre à des taux que l’on n’avait pas connus depuis les crises économiques du XXème siècle. L’exemple de Växjö suscite l’intérêt : comment une ville de 66 000 habitants, où la cathédrale médiévale rouge à deux flèches contraste avec les bâtiments en bois modernes, peut réussir à réduire ses émissions ET continuer à croître ?

Des réductions de carbone supérieures aux objectifs de la COP21

Växjö a choisi pour slogan Europas grönaste stad, la ville la plus verte d’Europe, et représente en effet un bon exemple de lutte contre le réchauffement climatique, en proposant un mode de vie plus adapté.

Les partis politiques locaux ont pour objectif commun de rendre la ville exempte de combustibles fossiles d’ici à 2030 pour éliminer les émissions de dioxyde de carbone du pétrole, du gaz naturel et du charbon. Bo Frank, président du conseil municipal, résume sa politique à cette équation : « Une forte augmentation des taxes sur les énergies fossiles et une réduction des taxes sur tous les les types d’énergie renouvelable ».

Grâce aux mesures prises par la municipalité, les émissions de dioxyde de carbone ont diminué de 58 % entre 1993 et ​​2016, passant de 4,5 à 1,9 tonne par habitant, tandis que le produit intérieur brut (PIB) local a augmenté de 32 % entre 1993 et ​​2014. La trajectoire est inégale mais équivaut à un taux annuel moyen de réduction des émissions de 3,7 % avec une croissance de 1,33 %. Les chiffres sont impressionnants en comparaison avec les émissions de carbone au niveau mondial, qui ont augmenté de 2 % l’an dernier, atteignant un niveau record de près de 5 tonnes par habitant.

Växjö veut aller encore plus loin et a pour ambition de supprimer les émissions de carbone provenant des combustibles fossiles d’ici 2030, dans les maisons, l’industrie et les transports, mais aussi les avions en partance de l’aéroport local ! La ville estime que le dioxyde de carbone provenant des combustibles fossiles représente 65 % des gaz à effet de serre de la municipalité. Växjö a déjà réduit d’autres gaz, tels que le méthane et le protoxyde d’azote, de 42 % depuis 1993. De plus, les réductions de carbone de Växjö ont largement dépassé le calendrier fixé par la COP21, signé par près de 200 pays, visant à éliminer les émissions nettes de tous les gaz à effet de serre entre 2050 et 2100.

La Suède a réduit ses émissions tout en maintenant une forte croissance économique, se classant au premier rang mondial en matière d’environnement, et impose désormais la taxe sur le carbone la plus élevée au monde : 137 €/tonne.

Piste cyclable à Växjö
©Simon Paulin/imagebank.sweden.se

Une centrale électrique alimentée par de la biomasse

Selon une étude parue dans la revue Nature Climate Change, les plus fortes réductions des émissions de gaz à effet de serre au niveau national — en temps de paix — ont été de 4,5 % par an, de 1976 à 1986, lorsque la flambée des prix sur le pétrole a poussé le pays à adopter l’énergie nucléaire.

Sous l’impulsion du choc pétrolier, Växjö a ainsi été l’une des premières villes suédoises à prendre la décision de construire en 1980 une centrale de chauffage urbain alimentée par de la biomasse de bois, pour générer de l’électricité.

Les propriétaires de forêts locales produisant du bois bénéficient de revenus supplémentaires en vendant des déchets de branches, de la sciure de bois et de l’écorce pour alimenter la nouvelle centrale et, en payant plus d’impôts sur le revenu qui enrichissent également la municipalité. Les émissions de dioxyde de carbone dues à la combustion de la biomasse sont compensées par la plantation de nouvelles forêts.

Le virage vert de la Suède a été facilité par l’absence de lobby sur le pétrole ou sur le charbon, même si le pays a une industrie sidérurgique importante et très dépendante de l’énergie, avec les constructeurs automobiles Volvo et Saab.

Future entrée de la mairie et gare de Växjö
Future entrée de la mairie et gare de Växjö. Illustration ©White Arkitekter/Växjö kommun

Des décisions politiques pour limiter les voitures et construire mieux

La maire de Växjö, Anna Tenje, du Parti conservateur des Modérés (Moderaterna), reconnaît que le plus grand enjeu est de persuader les habitants des zones rurales d’abandonner les voitures roulant au diesel ou à l’essence, condition nécessaire pour atteindre l’objectif sans fossile en 2030.

En hiver, les chasse-neige de Växjö déblayent d’abord les pistes cyclables pour décourager les automobilistes ! Les bus roulent au biogaz, les itinéraires de bus sont modifiés pour s’arrêter à proximité des nouveaux logements, avant même leur construction, et des modifications aux règles d’urbanisme sont prévues pour limiter le nombre de nouvelles places de stationnement. Les nouveaux parkings à vélos à proximité de la gare de Växjö sont encore souvent vides, mais cela prend du temps pour changer ses habitudes…

La ville modernise également l’isolation des bâtiments anciens et a décrété que 50 % de tous les nouveaux bâtiments municipaux seront construits en bois d’ici 2020.

Les incendies de forêt de l’été 2018 ont fait de l’environnement une problématique majeure des élections du 9 septembre : la plupart des partis s’engagent enfin à prendre des mesures plus sévères pour lutter contre le réchauffement climatique.

A propos Audrey L 60 Articles
Française vivant en Suède depuis 1999 et travaillant dans le domaine culturel, j'aime partager mes expériences, écrire et faire la cuisine.

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