Une journée au dagis

©Martin Svalander/imagebank.sweden.se

La Suède est souvent prise en exemple pour son accueil des jeunes enfants. Mais à quoi ressemble une journée type dans un dagis ? Que font les plus jeunes pendant que leurs parents travaillent ? La Suède en kit s’est immergée au dagis pour vous.

Un accueil matinal en douceur

Il est 7h15. Thor, 18 mois arrive au dagis (ou förskola = crèche et maternelle regroupées) d’un pas décidé. Celui-ci est particulièrement grand, il rassemble 4 groupes 1-3 ans et 5 groupes 4-6 ans. Il y a déjà plusieurs enfants qui ont pour certains été accueillis dès 6h. En Suède, un dagis a l’obligation d’être ouvert sur une amplitude de 12 heures, voire plus (il y en a même qui le sont 24h/24 pour les parents qui travaillent de nuit). Dans les moyennes et grandes structures, il y a 2 groupes, les 1-3 ans et les 4-6 ans. Pour pouvoir y laisser son enfant plus de 15 heures par semaine, il faut que les deux parents (s’ils ne sont pas séparés) travaillent ou soient étudiants. L’école n’est obligatoire qu’à partir de 7 ans (classe 1 ou ettan). Récemment une réforme a mis en place une classe 0 (förskoleklass), transition entre le dagis et l’école pour préparer les enfants à la « grande » école.

©Magnus Liam Karlsson/imagebank.sweden.se

Linda accueille Thor en l’appelant par son prénom et en lui tendant son livre préféré. Il est très important que l’enfant se sente le bienvenu et en sécurité. Pour appuyer ses paroles, elle utilise même quelques signes, que les enseignants apprennent ainsi que les enfants, pour pouvoir communiquer facilement avec ceux qui n’ont pas encore acquis le langage, ainsi que les mal-entendants.

©JenniferDelmazzo

Un univers familier 

Le dagis ressemble à une maison. Un hall d’entrée pour déposer chaussures et manteaux (comme dans les demeures suédoises, on ne rentre jamais avec ses chaussures), puis plusieurs pièces pour les différentes activités : construction, dessin, jeux de rôles, déguisements, lectures, salle à manger… Les enfants peuvent choisir leurs activités au gré de leurs envies, de leur développement.

©JenniferDelmazzo

À plusieurs endroits, des dessins pour pouvoir pointer du doigt les émotions du moment : joie, tristesse, colère, fatigue, etc. Sur un des murs, un petit reportage-photo sur les activités faites les derniers mois.

Il est 9h, tout le monde s’assied alors en rond sur le tapis de la salle de construction pour la distribution de fruits. Un des petits élèves est désigné pour porter le plateau, ce qu’il fait fièrement.

©JenniferDelmazzo

Puis c’est un moment de jeux libres, l’un part faire des gâteaux en pâte à sel, l’autre prend les voitures et fait le tour de la pièce en vrombissant, une autre construit des maisons avec des blocs aimantés. Le mercredi, la salle de gymnastique leur est réservée. Tout le petit groupe peut donc aller courir, tomber, sauter, grimper sur les agrès et gros matelas. C’est en général un moment très apprécié.

Atelier de peinture / poterie ©JenniferDelmazzo

Récré, repas, sieste à l’extérieur, jeux

Vers 10h, tout le monde dehors, quel que soit le temps ! Les éducatrices habillent les enfants de manière adaptée (d’ailleurs, les Suédois disent qu’il n’y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais habits) et c’est la course pour aller dévaler le toboggan, faire de beaux pâtés de sable, se rouler dans la boue, faire de la balançoire. Parfois, ils enfilent des chasubles fluo au nom de l’école pour partir vivre des aventures dans les bois et découvrir la nature.

©Maskot/Folio/imagebank.sweden.se

Il est maintenant 11h, l’heure de manger. Chacun choisit une place autour des tables et une éducatrice sert les plats. Les plus petits essaient d’utiliser des couverts ou mangent avec leurs mains. Mais bizarrement tout se passe dans le calme, même s’il faut souvent changer de vêtements après le repas.

Puis, l’estomac plein, il est l’heure de la sieste. Chacun rejoint sa propre poussette car ils vont dormir… dehors ! Jusqu’à -10°C (de température ressentie), le repos se fait en plein air afin de limiter le risque infectieux. Commence alors le bal des poussettes puis lorsque les yeux se ferment enfin, elles sont rangées à l’abri de la pluie, sous surveillance du personnel. La durée de la sieste est fonction des besoins de l’enfant et de la demande des parents.

©Sofia Sabel/imagebank.sweden.se

Quand tout ce petit monde est réveillé, ce sont de nouveaux des activités, à l’intérieur ou à l’extérieur, selon la luminosité.

L’heure des parents

Peu à peu, dès 14h, en fonction de leurs horaires de travail, les parents viennent chercher leur progéniture, un compte-rendu détaillé de la journée leur est fait. Ils peuvent même aller voir sur une application dédiée les dernières activités décrites quasiment chaque jour.

Thor, pour sa part, resterait bien jouer encore un peu…

 

Durant cette journée, nous en avons profité pour poser quelques questions à Agneta, éducatrice.

Quelles sont les exigences au sein d’un dagis, que ce soit tant au niveau de la formation qu’au niveau de ce qu’on y pratique ?

Il y a deux types de formations pour travailler au dagis : förskolelärare (professeur de pré-école -3,5 ans post « bac ») et barnskötare (assistante- 1 an de formation).

Pour ce qui est des exigences de l’enseignement, tout est regroupé dans le läroplan för förskolan dont la dernière mouture date de 2018. Les grandes lignes y sont tracées, axées sur la découverte, les compétences sociales, la tolérance, l’apprentissage par le jeu, la confiance en soi, la sécurité intérieure, l’adaptation aux différences  — que ce soit un handicap, une langue maternelle différente … — le respect, la curiosité, la nature, la joie ; mais les dagis choisissent de quelle manière ils les appliquent.

Les Suédois ont-ils des habitudes particulières en ce qui concerne les dagis ?

La plupart des enfants arrive souvent tôt, vers 6h30-7h et repart vers 16h-16h30. Et l’engagement parental est très égal ! On rencontre aussi bien les papas que les mamans. Les dagis accueillent les petits dès 12 mois mais l’âge le plus répandu pour commencer est de 15 mois.

Vous travaillez en dagis depuis 1998, avez-vous perçu une évolution du métier ?

Au niveau de l’enseignement, pas vraiment, il y a de petites précisions et des modifications régulières, mais pas de grands changements. Par contre, les élèves plus grands (4-6 ans) respectent de moins en moins le personnel.

Concernant le respect, les méthodes d’éducation bienveillante font polémique en France et la Suède est parfois considérée comme le pays de l’enfant roi, y voyez-vous un lien ?

(Elle rit) : Non, je pense que cette diminution du respect vient surtout du fait qu’on a des groupes d’enfants plus grands qu’avant et qu’on a moins de temps à consacrer à chacun. Des enfants rois il y en a, mais ça dépend vraiment des familles, comme partout.

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