Regnbågen, première maison de retraite européenne LGBT

©THOMSON REUTERS FOUNDATION/Magda Mis

La Suède se classe parmi les meilleurs pays au monde en matière de droits LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Trans) et a organisé cet été l’Europride. En 2013, la première maison européenne dédiée aux aînés de la communauté a donc naturellement ouvert ses portes à Stockholm. La résidence « arc-en-ciel » (regnbåge en suédois) permet à ses pensionnaires de passer leurs dernières années sans peur du regard des autres.

Il n’y a malheureusement pas d’âge pour la discrimination : les personnes issues de la communauté LGBT subissent moqueries, harcèlements et agressions d’abord à l’école, puis dans le monde du travail et finalement en maison de retraite. Des études ont ainsi révélé que, comme avec des camarades de classe, la personne âgée gay est, de nos jours, amenée à cacher son orientation et sa diffèrence aux yeux de ses co-pensionnaires de maison de retraite. À Stockholm, Regnbågen offre une retraite paisible aux seniors LGBT, pour vivre leurs derniers moments heureux… sans vivre cachés !

Une génération de retraités pas si gaie 

L’homosexualité était considérée comme un crime en Suède jusqu’en 1944, mais sa dépénalisation n’a pas conduit à une plus grande acceptation. La relation entre personnes de même sexe était encore jugée immorale et nuisible durant des décennies, et considérée comme une maladie mentale jusqu’en 1979. Les personnes âgées gay actuelles ont donc subi haine, discrimination et rejet, dans un pays devenu aujourd’hui un ardent défenseur des droits LGBT.

Quelques dates clés de l’histoire gay suédoise :

  • 1944 dépénalisation de l’homosexualité.
  • 1979 Le Conseil national de la santé et de la protection sociale (Socialstyrelsen) décide que l’homosexualité n’est plus un trouble mental.
  • 1995 inspirée par le Danemark et la Norvège, la Suède crée un « partenariat civil » permettant aux couples de même sexe de s’unir.
  • 2009 la Suède devient le premier pays à autoriser le mariage homosexuel, civil et religieux.

… et en comparaison, le retard français en la matière :

  • 1981 l’homosexualité ne figure plus dans la liste des maladies mentales.
  • 1982 dépénalisation de l’homosexualité.
  • 1999 création du Pacte Civil de Solidarité (PACS).
  • 2013 ouverture du mariage civil aux couples homosexuels.
©AFP PHOTO Larseric Linden

Marginalisation et exclusion sociale

Parfois rejetés par leurs parents, frères ou soeurs, ces seniors « différents » ont dû construire leur propre famille, sans liens du sang. Toute une génération de LGBT a, soit par la force des choses, soit volontairement, vécu au sein d’un milieu fermé, à la fois protecteur et rassurant, pour vivre sans tabou et sans honte. À l’abri des regards malveillants, ces gays devenus vieux ont fréquenté des bars et restaurants qui leur étaient réservés, espaces de liberté qui leur ont permis d’être eux-mêmes. Arrivés à l’âge de ne plus être autonome, quoi de plus naturel pour eux que de chercher un refuge qui leur soit dédié, où vivre leurs dernières années en paix, sans discrimination ou homophobie.

Au moment de la retraite, ces personnes qui n’ont le plus souvent pas pu créer une famille, et sont restés célibataires, éprouvent un sentiment de solitude encore plus important. Sans conjoint et enfants pour veiller sur eux, ou pour occasionnellement leur rendre visite, vieillir et devenir dépendant est d’autant plus difficile pour les LGBT. Pour certains, il n’est donc pas question de se retrouver dans une maison de retraite « traditionnelle », entourés de parents et grands-parents s’épanchant toute la journée sur leur famille… En l’absence d’enfants, il est alors important pour les seniors de se retrouver avec les « siens », partageant le même mode de vie.

©Johanna Frenkel

Une maison de retraite arc-en-ciel

Regnbågen est une maison de retraite comme les autres, mais qui apporte la sécurité et la tranquillité aux membres appartenant à la communauté LGBT. En 2009, la résidence voit le jour après quatre années d’un travail acharné, consistant notamment à convaincre les politiciens de la réelle nécessité du projet. Après le Canada et les États-Unis, la première maison européenne dédiée aux aînés de la communauté ouvre à Stockholm.

Dans un immeuble des années 80, les personnes âgées de 55 ans et plus disposent de 28 appartements loués auprès du bailleur public Micasa Fastigheter, appartenant à la ville de Stockholm. Les appartements varient de « 1 pièce » (majoritaires) à « 3 pièces », avec des surfaces de 44 à 70 m². Les résidents ont accès à un appartement commun équipé d’une cuisine et disposent également des services traditionnels tels que centre de santé, coiffeur, pédicure, restaurant, salle de gym, bibliothèque et même d’une terrasse sur le toit avec barbecue.

©regnbagen.net

Située dans le quartier de Gärdet, Regnbågen permet aux résidents de se rendre facilement au centre-ville de la capitale suédoise.

Regnbågen compte actuellement environ 190 membres : les locataires actuels mais aussi des personnes en liste d’attente, dont certains seulement âgés de la trentaine, qui pensent déjà à sécuriser leur avenir…

Pour en savoir + 

A propos Fabrice E 90 Articles
En Suède depuis quelques années, toujours curieux et intéressé par les différences culturelles France-Suède. Mes sujets de prédilection sont billets d'humeur, architecture, pop culture, médias, sorties culturelles et randonnées. Retrouvez mes photos sur instagram : fabisverige

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