Petite histoire des Sames

Drapeau sami

Leurs kolts, les rennes, la série Midnattsol, le film Sameblod, le jojk au Mello, le documentaire sur La police des rennes en cours de tournage… le dernier peuple autochtone d’Europe attire, la nature encore sauvage de ses immensités territoriales également. On ne dit plus Laponie et lapons, nominations péjoratives et dégradantes mais Sápmi et sames, ils sont sur toutes les lèvres.

 

Les origines du peuple Same

Après la déglaciation, il y a environ 9 000 ans, le nord de la Scandinavie était habité par des petits groupes de chasseurs-cueilleurs nomades, peut-être les ancêtres des Sames. Les premières traces retrouvées près d’Arjeplog remontent à l’Âge de pierre.
Jusqu’au XVIème siècle, les Sames sont organisés en Sijdan, un regroupement d’une dizaines de familles, dirigées par un conseil de sages, qui partagent chasse et pêche au sein de leur territoire.

Troupeau de rennes
Troupeau de rennes © Helena Wahlman/imagebank.sweden.se

Au début du XVIIème siècle, le Roi de Suède déclare que les Sames doivent rejoindre la couronne et sa loi, être assugétis à l’impôt et suivre les offices religieux de l’Eglise.
L’Église de Suède  commence sa mission de christianisation au début des années 1600, construisant plusieurs églises en pays Sápmi et combattant activement les traditions et rites païens sames. Le roi Charles IX veut obtenir l’exclusivité des richesses des terres sames, qu’il considère comme suédoises, et développer le commerce en contrôlant la route d’Arkangelsk. Dès 1673, les colons suédois en pays Sápmi qui installent des forges ou cultivent la terre, reçoivent des avantages financiers et sont exemptés du service militaire. Les Sames sont chassés de leur territoire petit à petit, n’étant pas soutenus par l’administration suédoise.
La Norvège, la Russie et la Finlande affirment également leur droit du sol et lèvent des impôts des sames qui y vivent. Les Sames nomades sont contraints de payer des impôts à deux ou trois pays à la fois. Néanmoins, les Sames sont considérés comme des sujets ordinaires.

Camp same
Camp same © Tina Stafrén/imagebank.sweden.se

La colonisation du peuple Same

L’industrialisation arrive et fait tout basculer. Les richesses minières, la construction de barrages pour l’énergie hydroélectrique détruisent de nombreuses aires de pâturages pour les rennes, dérèglent les cours d’eau et dégradent des biotopes de chasse et pêche, entraînant l’indignation et la révolte des Sames spoliés.
Les autorités suédoises ripostent en interdisant l’emploi de la langue same et du droit coutumier, en déplacant des familles, confisquant des terres et condamnant les traditions et la religion.
Ce sont les sombres heures des mesures crâniennes, de l’anéantissement de la culture same découlant de la biologie des races, venue de l’Université d’Uppsala dans les années 1930.  Cette idéologie raciste, qualifiant les sames comme des hommes inférieurs est la honte de l’histoire suédoise.

Chaussures sames
Chaussures sames © Tina Stafrén/imagebank.sweden.se

Les Sames aujourd’hui

De nos jours, le Sápmi est toujours divisé entre quatre pays, mais les Sames ont leur propre drapeau et leur hymne national depuis 1986. Environ  30 000 sames vivent en Suède, 3 000 sont regroupés en village same autour de l’élevage des rennes, ce qui représente une force économique de 230 millions de couronnes par an, équivalente à celle du tourisme. Depuis 1977, les sames sont enfin reconnus comme peuple natif ; en 2011ils sont mentionnés dans la loi suédoise comme minorité nationale.

Artisanat same, travail de la corne
Artisanat same, travail de la corne © Jessica Lindgren/imagebank.sweden.se

Les Sames se composent de plusieurs groupes avec leur dialecte spécifique, leur intégration dans la société dominante a largement contribué, via les changements économiques, à la disparition  grandissante de la culture same. Néanmoins, toujours victimes de discriminations de la part des autorités suédoises et en conflit avec les propriétaires terriens et les intérêts des collectifs chasse-pêche, les Sames, bien que représentés officiellement depuis 1993 au  Sametinget (parlement same), restent au coeur de vieilles problématiques structurelles. La Suède, surveillée de près par le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, a donné une plus grande autonomie linguistique aux langues sames. Les Sames ne sont toujours pas représentés au Parlement suédois et la Suède n’a pas encore ratifiée la convention ILO 169 sur les droits des peuples natifs autochtones et indigènes. Cette convention protègerait la culture et les terres sames menacées d’exploitations gazière et minière ainsi que l’élevage des rennes. L’espoir repose sur les jeunes sames : beaucoup sont bilingues, attachés à leurs racines culturelles et prônent l’artisanat traditionnel, le jojk et le renouveau de la création artistique same. La série Midnattsol avec Sofie Janokk ou le chanteur same du Melodifestival en témoignent. L’avenir sera same.

Artisanat same, bracelets
Artisanat same, bracelets © Jessica Lindgren/ imagebank.sweden.se

Pour en savoir plus

  • Sápmi (en suédois, mais traduisible grâce à Google translate, cliquer sur « Translate » en haut à droite)
  • La collection de photos de Lars Hermodsson léguée au Musée Ajtte de Jokkmokk
  • FN:s mänskliga rättighetskommittés rapport om Sverige uppfyller konventionen om medborgerliga och politiska rättigheter (ICCPR), 2009 (en suédois)
  • Retrouvez en français La police des rennes dans les livres d’Olivier Truc, le dernier vient de sortir, La Montagne rouge

 

 

A propos Sylvie R 106 Articles
En Suède depuis plus d' une trentaine d'années, j'ai habité Uppsala, Ultrå à côté d'Örnsköldsvik et Torserud dans le comté de Värmland, vit depuis 20 ans à Nacka. Après trois décennies comme enseignante titulaire au Lycée Français Saint-Louis, je suis doula, coach de grossesse et accouchement à Stockholm. J'adore écrire et aime partager mes bons plans et bons coins en Suède.

2 Commentaires

  1. « L’avenir sera same ». Vous êtes très optimiste. Un optimisme que beaucoup ici aimerait partager, plutôt que d’avoir à lutter… Merci à vous pour cet article.

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