Marie-Louise Ekman, rétrospective d’une pointure de l’art suédois au Moderna Museet

Marie-Louise Ekman, Décor pour "Gisèle" du Ballet Cullberg, 1998/2017
Marie-Louise Ekman, Décor pour "Gisèle" du Ballet Cullberg, 1998/2017 © Audrey Lebioda

Jusqu’au 17 septembre, le Moderna museet propose la plus grande rétrospective jamais consacrée à Marie-Louise Ekman, avec près de 350 œuvres et plusieurs films de la fin des années 1960 jusqu’à aujourd’hui.

Une figure incontournable de l’art suédois

Marie-Louise Ekman est une artiste suédoise touche-à-tout qui n’a peur ni de la nudité — vous verrez de nombreux organes génitaux au fil des œuvres exposées — ni de la remise en question, ou de l’introspection. Au cours de ces cinq dernières décennies, elle s’est exprimée à travers la peinture, la sculpture, le film et le théâtre. Dans ses œuvres, qui bien souvent ont un fond autobiographique, percent l’absurdité du quotidien, le théâtre de la vie, et elle n’hésite pas à y mêler les beaux milieux de la bourgeoisie avec la vulgarité de l’espèce humaine.

Marie-Louise Ekman est née à Stockholm en 1944, d’un père actif dans le monde du théâtre et du film et d’une mère vendeuse dans une boutique de manteaux. La relation entre ses parents est une des sources d’inspiration de l’artiste. Ainsi, la femme blonde que l’on trouve souvent dans ses tableaux représente soit sa mère, soit elle-même.

Marie-Louise Ekman, Boulettes de poisson sauce homard, 1968
Marie-Louise Ekman, Boulettes de poisson sauce homard, 1968 © Audrey Lebioda

Peintures, affiches, textiles, installations

À la fin des années 1960, elle expérimente tous les matériaux et expressions : applications en tissu rose, maisons de poupées, affiches politiques, jeux sur les perspectives, remise en cause des normes, des rôles, des rapports de forces. Elle met en évidence les déséquilibres entre mari et femme, grand et petit, médecin et patient, chien et maître. Elle se sert des laisser-pour-compte pour raconter des fables qui, chez elle, n’ont pas de morale.

Ekman s’inspire beaucoup de la culture populaire et en particulier de la bande dessinée, qui a l’époque, pour l’élite culturelle, n’a aucune valeur. Elle récupère la technique narrative de la BD pour raconter des bribes d’histoires où elle met en valeur le rôle des femmes et des enfants.

La peinture d’Ekman est figurative et narrative. Ces figures jouent des rôles tels des acteurs de théâtre. La perspective peut être vécue comme contraignante, étroite, mais il y a toujours une issue de secours sous forme de fenêtre ouverte sur l’extérieur ou de tableau dans le tableau.

Marie-Louise Ekman, Enfant, maman et papa, 1997
Marie-Louise Ekman, Enfant, maman et papa, 1997 © Audrey Lebioda

L’art dans l’art

Au début des années 1980, les personnages d’Ekman prennent possession du monde des artistes. Cela commence avec l’univers des femmes cubistes de Picasso, puis celui des rues désertes de Giorgio de Chirico ou les espaces infinis d’Olle Baertling. S’approprier, se servir ou réinterpréter des oeuvres d’arts et les replacer dans de nouveaux contextes est une méthode utilisée par d’autres artistes américains tels Cindy Sherman, Sherrie Levine ou Richard Prince. Ekman s’inscrit tout à fait dans ce courant-là.

Au début du XXIème siècle, Ekman commence à démonter les différentes parties de son art, comme si elle analysait le langage qu’elle a créé au fil des années. Dans ses peintures les plus récentes, on voit apparaître des ombres : ce qui n’est plus ? ce qui aurait pu être ? De la même manière qu’elle intégrait les univers de Mondrian ou de Baertling autrefois, elle intègre ses propres œuvres des années 1970 et laisse ses petits-enfants Rebecka et Johan s’approprier l’espace de leurs longs pinceaux d’où la peinture coule à flots.

Marie-Louise Ekman, Dames de Picasso, un monument œuf et 18 tableaux d'Olle Baertling, 1980
Marie-Louise Ekman, Dames de Picasso, un monument œuf et 18 tableaux d’Olle Baertling, 1980 © Audrey Lebioda

Ekman à l’écran 

Marie-Louise Ekman a également tourné 8 long-métrages et produit plusieurs programmes pour la télévision où l’on retrouve le style et les thèmes abordés dans sa peinture. Son premier film, en 1976, s’intitule Hallo Baby : elle y joue le rôle principal, celui d’une enfant qui devient femme. Dans la rétrospective du Moderna, les visiteurs peuvent voir Barnförbjudet, de 1979, dans lequel les enfants observent les attitudes maniérées des adultes.

À côté de sa carrière d’artiste, Marie-Louise Edman a aussi occupé des postes importants dans le domaine de la culture. En 1984, elle devient la première femme professeur de peinture à l’école royale des beaux-arts de Stockholm. De cette période-là, elle créa une série télévisée en 1990 : Målarskolan, qui se moque bien de l’égo des jeunes artistes.

De 1999 à 2008, elle est directrice de la même école, puis de 2009 à 2014, elle dirige Dramaten, le théâtre national. En 2013-2014, elle tourne Den dramatiska asylen, une série en 50 épisodes, avec pour seule caméra son smartphone. Avec beaucoup d’humour et de perspicacité, elle dévoile le monde du théâtre, ces acteurs ainsi que les autres employés du Dramaten. Ce film est également visible à l’exposition.

Marie-Louise Ekman, Maison des ombres III, 2008
Marie-Louise Ekman, Maison des ombres III, 2008 © Audrey Lebioda

Informations pratiques 

Quand : jusqu’au 17 septembre 2017, mardi et vendredi de 10h à 20h, mercredi—jeudi de 10h à 18h, samedi—dimanche de 11h à 18h, fermé le lundi.

Prix : 150 kr plein tarif, 120 kr pour retraités/étudiants, gratuit jusqu’à 19 ans.

Où : Moderna Museet, Skeppsholmen, Exercisplan 4, Stockholm. Bus 65 jusqu’à Arkitekturmuseet/Moderna museet.

A propos Audrey L 26 Articles
Française vivant en Suède depuis 1999 et travaillant dans le domaine culturel, j'aime partager mes expériences, écrire et faire la cuisine.

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