Le suivi de grossesse en Suède

Enceinte
©Pixabay

Félicitations, vous êtes enceinte ! Et ensuite il se passe quoi ? La Suède en Kit vous guide sur les différentes étapes à suivre pendant neuf mois. Rassurez-vous (ou inquiétez-vous), ça va être rapide !

Un test de grossesse, un formulaire à remplir, et à dans deux mois !

Un retard ? Le test de grossesse (graviditetstet) sera votre seul conseiller car en Suède il n’y a pas de test sanguin remboursé. Pas de soucis si vous faites partie des 99% de fiabilité du test. Pour les 1% restants, il faudra recommencer le test, mais devinez quoi ? Ils sont vendus par deux ! (De 80 à 180 kr dans toutes les apotek).

Ensuite il faut attendre entre la cinquième et la douzième semaine de grossesse (attention ici on compte en semaines de grossesse, pas d’aménorrhée, d’où un possible décalage si vous avez commencé votre grossesse en France) pour avoir un rendez-vous avec la sage-femme (barnsmorska). Ici pas de médecin généraliste (alllmänläkare, cantonné à la bobologie) ni de gynécologue (gynekolog, réservé aux complications médicales liées à la grossesse).

Comment choisir votre sage-femme ? Rien ne vaut le bouche à oreille mais si vous n’avez pas encore noué de lien avec toutes les mamans francophones de Stockholm et d’ailleurs, prenez contact avec un barnmorskemottagningen (plusieurs sages-femmes regroupées dans un même cabinet). Il en existe des publics comme des privés (par exemple Mamamia), qui ont pour principal intérêt de regrouper sages-femmes, gynécologues et échographes au même endroit.  À vous de choisir entre la proximité géographique, les services proposés et les langues parlées par les soignants (suédois, anglais, français…)

Lors du premier rendez-vous avec la sage-femme, qui n’est qu’une simple formalité administrative, on vous posera les questions d’usage : conjoint, travail, passé médical (dont la date de votre dernier frottis), habitudes alimentaires et sportives, rapport au tabac, à l’alcool et à toute autre type de « drogue ». Si vous consommez l’une de ces trois substances, vous devrez remplir sur ordinateur un questionnaire à choix multiples dont les propositions, aussi subtiles que celles d’un magazine pour ados, ont le mérite de ne pas laisser de place au doute.

Pas d’écoute du cœur du fœtus (fostret) ? Malheureusement pour les Françaises stressées, l’appareil à disposition de la sage-femme (doptone : doppler qui ressemble davantage à un karaoké pour enfant qu’à un instrument médical) n’est pas assez puissant pour entendre les battements avant le 5ème mois. Les seuls contrôles qu’effectue donc la sage-femme sont la glycémie (blodsocker), les urines et la pression artérielle (blodtryck). Patience…

Deuxième trimestre : une prise de sang, une écho et puis c’est tout !

La sage-femme vous a donné de quoi vous occuper « un peu » pendant ce second trimestre. D’abord une prise de sang (blodprov), à faire pour vérifier votre état général (à réaliser en drop-in dans les laboratoires agréés). C’est à ce moment là que sont dépistées les maladies plus ou moins typiques de la grossesse. Si quelque chose est détecté, c’est la sage-femme qui vous contactera par téléphone. Si vous avez besoin d’un traitement, ne soyez pas surprise de ne pas rencontrer le médecin prescripteur. Les médicaments vous attendront bien sagement à la pharmacie de votre choix grâce à l’ordonnance (recept) dématérialisée.

Si vous avez dépassé la trentaine et que vous avez répondu favorablement à un dépistage des anomalies chromosomiques (prise de sang + échographie = KUB), vous pourrez observer le fœtus entre les semaines 12 et 14. Veillez à avoir ce matin-là la vessie au bord de l’implosion pour ne pas être victime d’un labourage de l’abdomen. J’ai bien dit « observer », pas question d’écouter le cœur, on n’est pas là pour ça…  Si vous êtes plus jeune ou que vous ne souhaitez pas faire ce test, il faudra attendre la semaine 18 minimum pour obtenir une visite chez l’obstétricien.ne qui vous fera la seule échographie (ultraljud) obligatoire et remboursée en Suède. Dans les deux cas, vous recevrez la convocation directement à la maison.

©Simon Paulin/imagebank.sweden.se

Cette unique échographie est l’occasion de réviser votre vocabulaire anatomique : skallens ben (crâne), hjärna (cerveau), armar (bras), ben (jambes), lungor (poumons), hjärta (cœur), blodkärlar (vaisseaux sanguins), ryggrad (colonne vertébrale), bukväggen (paroi abdominale), njurar (reins), urinblåsa (vessie), tarm (intestin). Pour poser la question du sexe (loin d’être considérée comme importante) attendez bien la fin de l’inventaire, au risque de passer pour des parents très superficiels, voire indignes.

Si vous avez des besoins particuliers, un rendez-vous avec la sage-femme vous sera proposé semaine 16. Au moindre doute, n’hésitez pas à la contacter par téléphone ou à demander un rendez-vous impromptu, elles sont là pour vous. C’est également le moment de se mettre à jour côté paperasse : la déclaration de grossesse (moderskapsintyg à envoyer par courrier) et l’inscription à la maternité (à confirmer par téléphone). Pour information, sur Stockholm, vous pouvez accoucher à Danderyd, Karolinska (Huddinge ou Solna), Södersjukhuset et Södertälje. Des vidéos de « promo » des différents centres sont disponibles ici. Si c’est votre premier enfant, les visites seront plus régulières après la semaine 20, pour les suivants, ce sera à partir de la semaine 25.

Troisième trimestre : se préparer à l’après

Après la semaine 20 tous les fœtus évoluent à leur rythme. A partir de la semaine 25, les visites de routine consistent en une mesure du ventre, une écoute du cœur du fœtus et une prise de tension artérielle. Les mêmes contrôles se répètent aux semaines 29, 31, 33, 37 et 39 pour la première grossesse et aux semaines 29, 32, 35 et 38 pour les suivantes. Une fois sur deux vous serez aussi pesée (vous pouvez toujours fermer les yeux!) mais aucune inquiétude, personne ne vous culpabilisera. Pour la première grossesse, on a aussi le droit à un test d’urine, d’hémoglobine et de taux de sucre. Pour les autres grossesses, ces tests sont moins fréquents et on ne refait un test d’immunité qu’en cas de rhésus négatif.

A la semaine 33, c’est la grande palpation : on vérifie (toujours au palpé), que le bébé se présente bien. On vous proposera même de sentir vous-même cette petite tête (âme sensible s’abstenir). Vous aurez aussi des informations sur les groupes de rencontres (föräldraträffar, pré ou post accouchement) et l’allaitement (amning).

A la semaine 37, le fœtus est considéré comme « viable », et devrait avoir la tête engagée dans le bassin. C’est le moment de parler sérieusement : faire un point sur cette grossesse, calmer toutes les angoisses avant l’accouchement et rédiger son plan de naissance (förlossningsplan) dans le fameux journal, qui est en fait le dossier médical auquel auront accès tous les soignants le jour J. Soyez franche, vous ne serez pas jugée. N’hésitez pas à dire dès maintenant si vous souhaitez prendre des anti-douleurs (smärtlindring) dès le début du travail, si vous ne souhaitez pas attendre 20 heures avant une éventuelle césarienne (kejsarsnitt), ou encore si vous ne voulez pas allaiter, cela vous évitera bien des discussions inutiles quand vous serez sur les rotules (au propre comme au figuré).

Si arrivée à la semaine 40 vous êtes toujours en mode incubateur, les contrôles se poursuivront chaque semaine et on vous informera des mesures à prendre pour le déclenchement (igångsättning, habituellement semaine 42). Il n’y a que durant ces dernières semaines que les sages-femmes se résolvent enfin à recourir à un confrère médecin et à l’échographe qui va avec — mieux vaut tard que jamais !

Vous savez maintenant à peu prêt à quoi vous attendre, mais pour toutes autres informations officielles et médicales, consultez le site 1177 (certaines pages sont traduites en anglais).

A propos Jennifer D 12 Articles
Voilà quatre ans j'arrivais dans un pays dont je ne connaissais rien. Après un long congé maternité qui m'a donné tout loisir de percer à jour la ville et ses trésors, me voici désormais à enseigner et à découvrir le monde du travail suédois. Sans oublier d'écrire sur les sujets qui me tiennent à cœur : les sorties en famille et la vie culturelle stockholmoise.

3 Commentaires

  1. Merci§ J’aurais bien aimé avoir ça quand j’ai eu mes enfants en suède. Quelques modifications:
    – pour moi la Suède a toujours compté en semaines d’aménorrhées (d’ailleurs quand vous parlez de déclenchement à semaine 42 c’est bien de cela qu’il s’agit).
    – on a écouté le coeur du bébé bien avant 5 mois (alors que c’était un centre public et que le doppler ressemblait en effet à un jouet)
    – Le KUB autour de 10 semaines propose une autre échographie.
    – L’immunité à la toxo n’est pas testée systematiquement mais ils le font (gratuitement) à la demande.
    – Côté paperasse, c’est aussi le moment de vous inscrire à försâkringskassan si vous êtes arrivée il y a peu et ne l’avez pas fait. Ca peut prendre un peu de temps.
    – EN SA toujouurs, le décalage vient du fait que le terme français est à 41 semaines et 40 en Suède. Ce sont des SA dans les deux cas mais la Suède propose une « moyenne » alors que la France propose une « date limite ». A la fin, la France et la Suède déclenchent les accouchements à peu près au même stade (41SA+ 5 jours max je crois) c’est juste que comme le terme est plus tard en France le déclenchement arrive plus vite une fois le terme passé.
    Bon courage à toutes!

    • Merci pour ces précisions,
      Pour les semaines, c’est surtout une question de vocabulaire, puisqu’en suédois on parle de « graviditetsvecka », traduisible par « semaine de grossesse ».
      Bien avant 5 mois ? Vous avez eu de la chance, une sage-femme plus compréhensive ou un doppler plus performant. La règle c’est officiellement vers la moitié de la grossesse.
      Le KUB est en effet une première échographie mais non obligatoire.
      Concernant le déclenchement, la Suède va conduire pendant encore deux ans une étude pour savoir quelle semaine est préférable, la 41 ou la 42. Rendez-vous en 2020 pour les résultats !

  2. De mon côté je n’ai eu aucune information sur l’allaitement avant l’accouchement et c’est bien dommage. À noter; les centres privés sont plus flexibles pour ce qui est des tests (exemple toxo) ou des échos supplémentaires.

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