Hofstede et moi

Dalahästar
©Amanda Westerbom/imagebank.sweden.se

Geert Hofstede (né en 1928) est un psychologue néerlendais de l’université de Maastricht qui a mis en évidence, statistiquement, cinq facteurs indépendants à l’origine de différences culturelles. Voici comment cela peut s’appliquer aux différences culturelles entre la France et la Suède.

La théorie des dimensions culturelles

Il y a autant de souvenirs universitaires qui peuplent mon esprit que d’arbres dans le désert de Gobi ; mais s’il y en a bien un qui résiste aux flux incessants de la vacuité, c’est la théorie des dimensions culturelles. C’est un peu mon arbre de Ténéré, bien que je ne lui souhaite pas le même destin sordide ; elle est isolée dans un univers nihiliste d’une mémoire en friche, mais il me suffit de quelques centièmes de secondes pour la retrouver et la consulter. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi ce cours, à cet instant précis, s’est gravé dans ma mémoire à grand coups de burin ; mais ce qui est sûr, c’est qu’il m’a servi pour préparer chacune de mes expatriations.

C’est peut-être l’histoire de cette théorie qui m’a marqué ; car, comme souvent, tout part d’une belle histoire, d’un eurêka, nos rêveries se délectent des petits inattendus qui dessinent les grandes lignes de l’histoire. Hmmm, non… l’histoire n’a rien d’enivrant. Est-ce peut-être alors, la méthodologie ? Envoyer plusieurs dizaines de milliers de questionnaires dans les années 1970 aux employés du monde entier de ce qui était certainement l’une des multinationales de l’époque, IBM ; oui, je pense que ça a dû faire mouche.

La raison d’être de cette étude est la comparaison de plusieurs dimensions entre deux ou plusieurs pays. Ce que je trouve intéressant dans cette approche, c’est qu’elle repose sur un échantillon de population important, que le score n’a aucune valeur autre que la comparaison et surtout qu’elle ne définit en rien une société ; elle ne fait que donner des longitudes et des latitudes, c’est ensuite à nous d’en faire le meilleur des usages. Les différentes dimensions définissent selon moi une sorte de cadre, mais en aucun cas ce ne sont des axiomes définissant des individus. De plus, ces dimensions n’ont un réel intérêt que dans la préparation d’un séjour de longue durée, professionnel serai-je tenté d’écrire. Enfin, aussi pertinentes soient elles et elles complèteront sûrement mais ne remplaceront jamais les rencontres et autres supports interculturels.

Les six dimensions analysées que je vais tenter de vous illustrer sont les suivantes : la distance hiérarchique (power distance), l’individualisme, la dimension masculine/feminine, le contrôle de l’incertitude (uncertainty avoidance), l’orientation court terme/long terme et enfin l’indulgence. Cette dernière ayant été ajoutée après mon brillant passage dans les amphi, je n’en suis pas très familier et à vrai dire, je ne l’ai jamais utilisée comme grille de lecture avant chacune de mes expatriations.

Hofstede comparaison Suède-France
Source : https://geert-hofstede.com/sweden.html

 

La distance hiérarchique

Commençons par la distance hiérarchique, autrement dit l’acception du pouvoir et de la hiérarchie. Plus le score est élevé plus ces notions sont importantes, et devinez quoi ? La France a un score bien plus élevé que la Suède. Qui ne s’est jamais plaint de notre état jacobin, des petites baronnies et de leurs cortèges de privilèges, des petits coqs pavanant dans les couloirs de l’entreprise mais tout en se résignant laconiquement par un « bon c’est comme ça…» ? A contrario, en Suède où le score est bien plus bas, si ce culte du chef existe, il doit être bien caché, le management est moins pyramidal, moins directif et plus accessible. Bien sûr, ne vous attendez pas à faire un high five avec le directeur de la banque centrale suédoise ; mais en tout état de cause, il y a une forme d’interactivité simple et naturelle entre le manager et son équipe. Enfin, les scandaleuses affaires d’argent, de sexe et autres qui polluent les alcôves de nos chères républiques n’ont que peu d’équivalent en Suède ; à ma connaissance en tous cas.

Si vous avez de jeunes enfants, vous serez agréablement surpris par le rapport qui peut exister entre nos charmantes petites têtes blondes et les pédagogues. Au-delà des moyens humains mis en place et méthodes pédagogiques, j’ai vraiment l’impression que l’enfant est bien plus au centre de toutes les attentions, et en terme de management, on sent que Montessori est plus que passé par là.

Réunion
©Henrik Trygg/imagebank.sweden.se

L’individualisme

L’individualisme, quant à lui, se charge de nous dire si l’individu se concentre sur lui ou s’il est plutôt perméable aux influences du groupe. Plus le score est élevé, plus l’attention de l’individu se concentre sur un cercle très réduit d’individus. Les scores de deux pays sont similaires, ce qui n’est pas si étonnant que ça : ce qui induit que Français et Suédois ont tendance à faire des choix en fonction de leurs propres intérêts et non en fonction du paradigme du groupe dont il dépend. C’est peut-être la dimension où je n’ai observé que peu de différence. L’une des différences notables, certainement liée à la première dimension est la recherche prononcée des deux partis (employeurs/employés) du bien-être de l’individu, ce qui n’est malheureusement pas encore systématiquement le cas en France.

La dimension masculine/féminine

Au tour de la masculinité, la dimension la plus explicite. Le score de la Suède y est excessivement bas, ce qui range la Suède dans une société féminine, plus ronde, plus consensuelle et dans le compromis. C’est une recherche constante du consensus et lorsqu’on arrive de France, les premières réunions sont pour ainsi dire décapantes. J’étais habitué, sans tomber dans la caricature ou le grotesque, à des échanges de point de vue viril, où les arguments s’entrechoquaient telles de plaques tectoniques. Ici, l’argument alpha n’a pas à se hisser en écrasant les autres pour s’imposer, il s’impose de manière collective. Cette recherche absolue de consensus, qui peut s’apparenter à une fuite systématique du conflit, me parut vraiment déroutante au départ. J’avais vaguement entendu parler de ce paradigme, de ce dogme de la modération, de ce lagom, mais c’est encore avec cette dimension que je connais les plus beaux ascenseurs émotionnels.

Pères en congé parental
©Susanne Walström/imagebank.sweden.se

Le contrôle de l’incertitude

L’uncertainty avoidance est l’attitude face à l’incertitude et l’inconnu. Ici encore, il y a une forte différence entre nos deux magnifiques contrées. Cette différence n’est peut-être pas la plus surprenante mais n’en reste pas moins dépaysante. Dans les grandes lignes, sur le papier, on parlera d’une propension plus importante à l’innovation, en tout cas d’une assimilation plus rapide d’une révolution technologique par la société. Alors que, par exemple, on se bat en France pour supprimer la déclaration d’impôts papier, en Suède on le fait via une application (je vous rassure, il reste quelques renégats de la technologie, dont je fais partie, qui remplissent encore leur déclarations sur papier). La société est peut-être moins figée, plus poreuse aux évolutions. Dans les petits sillons de la vie de bureau, j’aurais tendance à dire que le cadre s’adapte au tableau et non l’inverse. Là, où en France il y a souvent un besoin viscéral de développer de multiples hypothèses avant même de se lancer, il y a en Suède une acception plus importante, mais raisonnée, du risque lié à l’inconnu. Attention, en aucun cas je ne sous entends que les Suédois partent au combat la fleur au fusil, la preuve en est leur économie vigoureuse, et qu’ils nous pondent de puissantes multinationales à chaque cycle économique. Le grand paradoxe dans tout cela, c’est cette manie de planifier leur vie personnelle à l’avance. Comme quoi le genre humain n’est pas prêt à être parfaitement modélisé.

L’orientation court terme/long terme

Enfin, la dernière dimension : long term orientation. Pour le coup nous sommes pareils, en France ou en Suède, on a beau ouvrir des incubateurs à tout-va, on reste attacher à certaines traditions. Néanmoins, peut-être est-ce dû à notre histoire, je trouve qu’il y a ici un attachement viscéral à certaines fêtes et traditions qu’elles soient chrétiennes, païennes ou je ne sais quoi. Bref dans les deux cas, nos cultures réalisent des grands écarts symétriques entre leur passé et leur futur.

 

Ce modèle nous montre à quel point il peut avoir une culture dominante et omnisciente sans pour autant ne plus avoir de disparités culturelles entre les peuples. Je vous invite à consulter et à vous amuser à comparer les différents pays sur les différents sites existants sur le sujet. Cet article reflète ma propre interprétation de ces dimensions et n’a pas la prétention d’être un cours magistral ! Au mieux, il pourra alimenter une conversation durant vos longs fika d’hiver !

 

Pour poursuivre votre lecture sur ce thème-là:

  • Le site de Geert Hoftsede.
  • Le site de comparaison entre différents pays.

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