L’année sabbatique : entre marginalisation et tradition

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Si l’année sabbatique en France est toujours perçue comme une idée de dernier recours, à l’inverse, en Suède, c’est presque devenu une coutume.

Caractéristiques

L’année sabbatique, ou plus exactement appelée « parenthèse utile », se décrit comme une période d’interruption volontaire et temporaire du système scolaire. Cela peut prendre la forme d’un séjour linguistique, de bénévolat, d’un projet personnel ou bien travailler pour économiser. Leur point commun : partir à l’étranger avant de reprendre les études.

Émergé dans le climat d’après-guerre des années 60, ce concept a d’abord été instauré par le gouvernement britannique afin d’organiser des échanges culturels. C’est d’ailleurs lors d’une année de gap year qu’un couple anglais a rédigé le premier guide de voyage au monde, donnant naissance à l’éditeur Lonely Planet. Ce phénomène s’est ensuite développé en une sorte de révolution sociale et culturelle outre Atlantique. Finalement, petit à petit, ce concept a gagné du terrain et a fait de nombreux adeptes autour du globe.

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Zoom sur la Suède

Chez les Suédois, se laisser tenter et prendre une année hors-système scolaire pour se découvrir et découvrir le monde est un concept répandu. Socialement accepté et intégré, le système suédois encourage même les étudiants dans leur démarche. « Il n’y a pas d’âge limite pour rentrer à l’université, donc tu y vas quand tu es prêt » nous témoigne Ida, étudiante suédoise de 27 ans. En fait, la Suède est connue pour avoir des étudiants de tout âge à l’université.

D’après une étude de l’OCDE, la Suède est au-dessus de la moyenne mondiale avec 17 % d’étudiants qui entrent en université âgés de 30 ans ou plus. Ainsi, l’âge médian en 2013 après la remise de diplôme était de 27 ans pour les Suédois contre 22 ans en France. On observe, de ce fait, que se précipiter vers les études supérieures est loin d’être la norme. Les Suédois prennent davantage leur temps.

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Pourquoi une telle différence ?

Après leurs années au gymnasieskola (l’équivalent du lycée), les Suédois ressentent moins de pression à se précipiter vers les études supérieures. Déjà, car le système universitaire est plus souple qu’en France. En effet, la priorité n’est pas donnée aux fraîchement diplômés comme c’est le cas chez leurs camarades français. Ils s’inscrivent à l’université quand ils le souhaitent.

De plus, les parents suédois sont généralement plus encourageants lors de la démarche. L’année sabbatique est vue comme un tremplin : une année de pause pour se découvrir. Il en va de même pour les employeurs et professeurs qui valorisent ce choix de parcours. Les étudiants ont davantage de possibilités d’orientation!

 

A l’inverse, en France, il a toujours été mal vu de quitter le système scolaire même le temps d’une année. Il y a comme une injonction à continuer les études sans s’arrêter. En effet, avec un système éducatif qui fonctionne grandement par la performance, une année de « parenthèse utile » est difficile à évaluer. Si bien que le système français n’a envisagé cette option que depuis le début de l’année 2018. Auparavant, il n’y avait aucune structure pour planifier une année sabbatique après le baccalauréat. Les étudiants étaient livrés à eux-même.

Par conséquent, les parents ne sont que très peu à l’aise à l’idée de laisser leurs enfants sortir du système scolaire. De plus, les employeurs français jugent l’année sabbatique comme une « période de vide dans un CV ». C’est vu comme le choix des individus aux profils bancals.  Ainsi, l’année sabbatique est en France toujours considérée par la société comme le signe d’une instabilité certaine.

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Caprice ou déclic ?

Rare sont les Suédois qui regrettent d’avoir pris une année (ou plus) en dehors du système scolaire. Elin, Suédoise de 24 ans, a entrepris un gap year en Angleterre en tant que fille au-pair. Elle est revenue ravie de son séjour, ayant rempli son objectif qui était de devenir bilingue. Elle explique, par ailleurs, que l’Angleterre est toujours vue comme une « destination privilégiée » pour les Suédois. Une chose est sûre, « une année sabbatique reste une expérience riche en rencontres et découvertes ». On apprend sur soi et sur le monde : c’est intéressant. Après le gymnasieskola, Ida a travaillé en tant que gardienne de zoo pendant deux ans. Elle savait que l’université pouvait attendre, elle pouvait s’inscrire quand elle le voulait. Ainsi, à 27 ans, elle vient de commencer sa deuxième année de bachelor sans aucun regret. Elle a commencé quand « elle sentait que c’était le moment ».

L’année sabbatique est majoritairement vu comme une expérience positive. Cela enrichie la personnalité, permet une pause pour découvrir ses centres d’intérêts ou pour apprendre de nouvelles langues. On gagne en maturité. En fait, « quand tu n’es pas sûr des études que tu veux entreprendre, la meilleure des choses est de prendre son temps ».

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Une avancée

Si les étudiants suédois font davantage la démarche de partir à l’étranger que leurs camarades français, c’est avant tout car le système le leur permet. La culture française favorisant des parcours scolaires linéaires sans interruption entachent l’ambition des Français à se lancer.

Cependant, en janvier 2018 le système postbac français a réalisé son erreur. De ce fait, il est désormais possible d’intégrer dans son curcus scolaire une année sabbatique si cela répond à un projet personnel. De plus, les écoles de commerces proposent dans leur programme une année de césure optionnelle pour encourager cette démarche. La France est sur la bonne voix : il ne reste plus qu’à faire !

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A propos Juliette G 4 Articles
En Suède depuis peu, je suis désormais étudiante à Malmö. J'aime découvrir de nouvelles façons d'appréhender ce qui m'entoure, et je trouve très intéressant d'être imprégnée dans une culture différente. C'est une ouverture directe sur le monde!

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